Dans l’Italie du XXe siècle naissant, deux enfants voient le jour dans la région d’Emilie, sur les terres du maitre Berlinghieri. Le premier, Alfredo, est le petit fils du riche propriétaire. Le second, Olmo Dalco, est celui du contremaitre. Une amitié nait entre eux, mais ils sont séparés par leurs origines, et vont être les acteurs et témoins de 45 années d’Histoire, de luttes sociales à l’inexorable montée du fascisme…
Fresque historique monumentale, 1900 entend exposer les processus sociaux qui ont bouleversé la ruralité émilienne durant toute la première moitié du XXe siècle. Bernardo Bertolucci y apporte son regard de marxiste en relatant en parallèle les destins croisés de deux hommes amis et issus de deux classes sociales différentes et il le fait avec de gros moyens: l’écran large, les travellings superbes, la BO grandiose de Ennio Morricone, le souffle épique qui allie à la fois le spectaculaire et l’intime. Bertolucci peut y inclure ses idées politiques d’engagé communiste. Présenté en deux parties de 2H30 chacune, le film trouve surtout son rythme de croisière après l’épisode de l’enfance (un peu trop long) des deux héros et dès qu’il décrit avec force et précision les conditions de vie et de travail des paysans exploités par les patrons. D’une ambition démesurée, 1900 embrasse les grandes périodes qui ont jalonné l’Italie et aboutit à une oeuvre un peu hybride: d’un côté, il y a l’académisme d’une mise en scène qui tient à informer et témoigner d’événements réels et d’un autre, Bertolucci inclut une touche vraiment personnelle d’émotions avec en prime une maitrise formelle indéniable. Dotée de séquences très violentes (la brutalité du monde des adultes face à l’innocence d’Alfredo et Olmo, les tortures perpétrées par les Chemises Noires, le meurtre d’un enfant -qui même hors champ- est insoutenable), 1900 insiste progressivement sur la scission entre les extrêmes (communisme et fascisme) et comment la vie des protagonistes va s’en trouver chamboulées. L’ultime demie heure verse certes dans l’idéologie façon « réalisme socialiste » et donne l’impression d’un discours sommaire, pourtant tout le cheminement pour en arriver là en vaut largement la peine!
1900 se distingue également par sa distribution internationale de tout premier ordre! En « amis ennemis », le tandem Gérard Depardieu/Robert de Niro explosent de vitalité et de jeu puissant (on a quand même affaire à deux des acteurs les plus géniaux qui soient), mais le film ne repose pas que sur eux. Les femmes ont un rôle clef comme Dominique Sanda, aussi belle que talentueuse, Stéfania Sandrelli, Alida Valli, et Laura Betti, une des actrices fétiches de Pasolini et qui incarne là une horrible mégère haineuse mariée à celui qu’il ne faut pas oublier de mentionner, Donald Sutherland, dans le rôle du contremaitre fasciste où il est d’une abjection tout à fait inédite. Dans de plus petites ‘participations », Burt Lancaster et Sterling Hayden assument avec panache leurs soixantaines. 1900 exalte autant les forces de la Terre et de l’amitié, que du sexe et des saisons qui passent, avant de prendre le parfum des chagrins et des souffrances de tout un peuple.
ANNEE DE PRODUCTION 1976.



