En plein désert, deux tribus de grands singes s’affrontent autour d’un point d’eau. L’apparition d’un mystérieux monolithe noir fascine l’un des primates, qui crée bientôt l’outil lui permettant de dominer ses congénères…
Incomparable dans le domaine de la science fiction moderne, 2001 reste encore et toujours la matrice majeure de tout un imaginaire lié à nos visions d’anticipation, jusqu’au récent Interstellar de Nolan. Stanley Kubrick, en génie visionnaire, construit son film en quatre parties (l’aube de l’humanité, un voyage vers la Lune, une expédition spatiale vers Jupiter et l’infini, un trip psychédélique s’achevant dans une chambre Louis XVI), déconcerte tout du long, nous questionne sur l’origine et le devenir de notre humanité, par un récit sommaire, énigmatique, où il mêle le passé préhistorique à un futur très lointain. Très documenté sur les travaux de la NASA, l’auteur de Spartacus livre un spectacle visuel aussi inédit que fabuleux avec une plongée dans les espaces intersidéraux, la représentation minutieuse des vaisseaux spatiaux grâce à des effets spéciaux inouis, un fascinant voyage où l’existence semble être un éternel recommencement. Cette symphonie portée par les valses de Johan Strauss conserve un intact pouvoir d’envoûtement car bien sûr, Kubrick se garde bien d’apporter une lecture claire à son propos: c’est un film métaphysique, philosophique, sensoriel dans lequel il faut accepter de se « perdre », malgré une abstraction exagérée et des hypothèses s’entrechoquant les unes aux autres. Quel est donc ce monolithe noir découvert d’abord par les premiers hommes singes puis retrouvé des millions d’années après par des explorateurs de l’espace? Est ce une figure du pouvoir absolu? Une divinité? Le témoignage tangible d’une vie extraterrestre plus évoluée que la nôtre? Chacun pourra se faire sa propre idée. La présence d’un ordinateur appelé Hal prenant peu à peu tout le contrôle sur les deux astronautes est d’une furieuse actualité avec les dérives actuelles de l’IA dans notre société.
Par ses longs plans oniriques, sa maitrise totale de la grammaire cinématographique, 2001 a placé Kubrick parmi les auteurs les plus inventifs du 7e Art, toujours en avance sur ses sujets, doté qui plus est d’un perfectionnisme qui confinait à la pathologie. L’acteur principal, Keir Dullea, bel et bien présent sous nos yeux, semble se fondre dans l’imaginaire du réalisateur, happé par la machine qui se dérobe devant lui. Sinueux, radical, poétique aussi, 2001 n’a nul besoin d’être « lisible » à tous points vue pour émerveiller déjà par ses images magiques du ciel, de la Terre et de l’au delà. Pas seulement une date historique pour la science fiction, mais pour le cinéma tout entier!
ANNEE DE PRODUCTION 1968.



