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LE 7E CONTINENT

Trois ans de la vie de Georg, de sa femme Anna et de leur fille Eva: c’est l’histoire d’une famille, d’une réussite professionnelle, du prix à payer pour le conformisme, et au fond l’histoire d’une aveuglement mental…

Pour son entrée en cinéma, l’autrichien Michael Haneke impose son style radical, son univers froid et clinique, et se place d’emblée dans la cour des très grands avec ce premier long métrage glaçant. Récit d’un suicide minutieusement préparé par une famille heureuse en apparence, Le 7e Continent se divise en trois parties distinctes: dans la première, Haneke montre les gestes répétitifs et aliénants du quotidien, les efforts du père pour accéder à de hautes responsabilités professionnelles et ceux de la mère pour éduquer correctement leur petite fille introvertie. Puis, dans un second temps, par le biais de quelques images traumatisantes (un accident de voiture meurtrier, des pleurs versés sans raison valable, etc..), le film déroute par une absence totale d’explications rationnelles, d’éléments perturbateurs annonçant un drame en train de se jouer. Haneke ne mâche pas la réflexion, il la laisse entièrement libre de nous atteindre (ou pas), de nous questionner et surtout ce dispositif dérangeant créé un malaise réel qui ne nous quitte plus. La troisième et dernière partie montre la famille détruire méthodiquement tous leurs biens matériels (comme pour se libérer d’une aliénation invisible), festoyer avec un repas copieux, puis aller vers la mort sans se révolter, en pleine conscience de leurs actes, tenus par une décision rédhibitoire. A l’aide de plans fixes, de peu de dialogues, d’une mise en scène aussi maitrisée que terrifiante, Haneke répète à plusieurs reprises l’image d’une plage indéfinie, avec des rochers au milieu du sable et en arrière fond, une montagne. Est ce un Eden inatteignable, une vision apaisante de l’au delà ou une simple publicité de voyage malgré tout inquiétante?

Le 7e Continent se refuse à expliciter quoique ce soit, par contre n’hésite pas à filmer la lente agonie d’êtres en proie à un mal être profond que leur vie privilégiée n’a pas réussi à combler. On peut y lire aussi une critique de la société de consommation, notamment avec l’ultime tabou de détruire l’argent du ménage en le faisant disparaitre dans les toilettes. En fait, ces êtres ne veulent pas seulement mourir, ils mettent tout en oeuvre pour ne pas laisser de passages d’eux sur Terre, jusqu’à nier leur existence même. La neutralité d’Haneke participe à l’horreur et à l’inconfort total éprouvé devant ce film effrayant s’achevant sur un écran de télévision (un des motifs favoris de l’auteur) diffusant l’image fixe d’une mire grésilliante. Une certaine idée du néant. Ouvert à maintes interprétations, Le 7e Continent est une implacable réussite, pour peu que l’on accepte son réalisme tranchant et sa vision d’une civilisation en péril.

ANNEE DE PRODUCTION 1989.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Le tout premier choc absolu de Haneke, classé immédiatement parmi les réalisateurs modernes les plus incontournables. Sous forme de cauchemar éveillé, une oeuvre qui bouscule, remue les tripes, et nous laisse sans réponses mais assailli par des questions obsédantes.

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