Deux femmes. L’une est mariée, bourgeoise active, apprenant que son mari la trompe. L’autre est entraineuse dans un bar de nuit. La première paye la seconde pour « approcher » son mari et le séduire, pour qu’ensuite elle lui raconte tout, tous les détails de leurs ébats…C’est leur secret, leur histoire…
Partant d’un pitch banal, du moins ordinaire (une femme découvre l’infidélité de son mari), la réalisatrice Anne Fontaine se dirige ensuite vers des chemins plus troubles puisqu’elle imagine que l’épouse va jusqu’à payer une prostituée pour séduire l’époux et lui raconter la tournure de leurs relations sexuelles. Comme pour vivre son désir par procuration. Ce scénario, écrit avec l’aide de Jacques Fieschi, un des fidèles de Sautet, trouve tout son intérêt dans le rapport ambigu et complexe qui se noue entre les deux femmes, à l’opposé l’une de l’autre, et surtout sur les dialogues crus débités par Marlène/Nathalie, l’entraineuse (faisant du langage un des points cruciaux du film). La mise en scène d’Anne Fontaine retrouve un peu l’ambiance du trio amoureux de Nettoyage à Sec, bien qu’ici ce sont avant tout les femmes qui sont à l’honneur. La complicité qu’elles nouent repose sur le secret et l’argent bien sûr, même si cette donnée apparait comme un détail dans l’histoire. Nathalie est le pseudo pris et choisi par l’épouse pour la pute, comme pour contrôler elle même les choses, manipuler à distance et prendre une revanche inconsciente sur son mari trompeur. Le film ne possède pas toujours l’odeur de souffre nécessaire, néanmoins dans les non dits se tisse quelque chose d’émouvant et de consistant. Là où le sujet aurait pu virer au scabreux, Fontaine sait doser ses effets et rester justement dans une retenue laissant planer le mystère. Jusqu’à un final ressemblant un peu à une pirouette.
Avec sa voix provoquant l’envoutement et sa grâce indéfinissable, Fanny Ardant impose sa présence sans difficulté dans un rôle où elle souffre en silence, où elle écoute beaucoup, où elle marche à tâtons. Face à elle, en pute lascive et pourtant attachante, Emmanuelle Béart sort le grand jeu, sensuelle, aguichante, à l’aise dans ses nombreux monologues. Leur duo fascinant amène évidemment un poids certain à l’ensemble. Dans la peau du mari taiseux et « absent », Gérard Depardieu étonne par sa sobriété, son quasi effacement, renforçant l’idée que sans outrances, il touche encore bien plus juste. Nathalie… ou la rencontre étrange de deux solitudes: un des opus d’Anne Fontaine les plus estimables.
ANNE DE PRODUCTION 2003.



