Robert Avranche, un homme alcoolique et désespéré, voit sa vie bouleversée lorsqu’une certaine Donatienne, femme tout aussi triste que lui, l’accoste dans un compartiment de train et lui avoue son envie de coucher avec lui. Elle ne veut que du sexe facile et rapide, lui va s’accrocher à elle comme un fou…
Après la comédie La Femme de mon pote, Bertrand Blier revient vers des contrées qui lui sont familières et qu’il a déjà foulées avec Buffet Froid: le surréalisme. Par son absence de récit structuré, ses situations ubuesques voire absurdes, Notre Histoire part d’un simple postulat: la rencontre de deux âmes esseulées dans un train. La particularité ici est que Blier avance à tâtons avec son scénario, fait commenter l’action par ses personnages et les entraine dans des séquences presque « hasardeuses » où ils croisent d’autres personnages spectateurs de leurs rapports compliqués. L’histoire est mise en lambeaux, déchiquetée à l’image de l’anti héros principal, un garagiste très porté sur la bière et qui s’incruste dans la vie d’une femme nymphomane et incapable de sourire, ayant perdu toute joie de vivre. Sous le vernis de la comédie qui marche au carburant des dialogues brillants (Blier excellait tout de même dans les mots d’auteur), se niche pourtant un désespoir patent, une solitude mortifère, une impossibilité à atteindre un semblant de bonheur. Blier trimballe un fond de noirceur pas forcément repérable tout de suite et qui prend une tournure prononcée dans Notre Histoire. Bien sûr, il y est encore beaucoup question de sexe, de désir, d’hommes en demande et de femmes prêtes à les satisfaire (justement sa misogynie bien connue ressort au gré de certaines séquences), en revanche une sourde inquiétude habite ce métrage assez gris.
Dans un casting de haute volée où fourmillent des seconds rôles truculents (Galabru, Lindon, Darmon, Darroussin, Stévenin, Ginette Garcin, Jean Claude Dreyfuss, etc etc…), le tandem vedette et accrocheur de l’affiche se démarque évidemment et nettement. D’abord Nathalie Baye en fille paumée multipliant les coucheries se fond dans cet univers masculin avec une belle aisance. Et surtout un étonnant Alain Delon, livrant une performance d’alcoolique brisé d’une intensité remarquable, affichant un masochisme tout à fait inédit chez lui. Ce rôle nous le montre fragile, vulnérable, humain et lui vaut un César du meilleur Acteur. Passant de la réalité au rêve (ou au cauchemar), Notre Histoire trouve sa juste place dans les oeuvres désenchantées de Blier.
ANNEE DE PRODUCTION 1984.



