Ann, 23 ans, deux petites filles en bas âge et un amoureux Don. Suite à un malaise inexpliqué, elle fait un bilan de santé qui révèle qu’elle est atteinte d’un cancer incurable de l’estomac et du foie. Elle sait qu’il ne lui reste que deux ou trois mois à vivre. Alors, elle va « organiser » sa vie après sa disparition. Pour ses proches et partir sereine…
A lire ce pitch, on ne peut que se dire combien la tristesse et les larmes vont se donner rendez vous dans ce film tiré du roman de Nancy Kincaid et que la charge mélodramatique va peser dix tonnes! On aurait bien tort de tirer un peu vite cette conclusion car ce drame intimiste sur la mort annoncée d’une jeune fille se pare d’une sensibilité particulière sous le regard tendre de la cinéaste espagnol Isabel Coixet. Produit qui plus est par une valeur sûre dans le domaine des sentiments, Mr Almodovar en personne, Ma vie sans moi, a été tourné dans une Angleterre pluvieuse et déroule un quotidien un peu gris que cette héroïne courageuse et résiliente va réussir à transformer en petit paradis qu’elle décide de se créer pour voir le reste de sa courte vie en rose. Le film parle d’espoir, de l’héritage laissé par une mère de famille, de la trace que l’on entend laisser derrière soi avant le grand départ définitif. Avec infiniment d’amour et de retenue, le script contourne les pièges du pathos, le poids insupportable de la maladie, et se concentre sur les petits riens qui rendent heureux (le sourire d’un enfant, les confidences d’une maman, le regard d’un père purgeant une peine de prison, une danse amoureuse sur un slow langoureux, etc…). Sobres, délicates, caressantes, les séquences captent l’urgence de profiter du moment présent, tout en oubliant pas d’enregistrer des messages d’anniversaires futurs quand l’absente ne pourra plus les énoncer elle même.
Dans ce rôle douloureux et paradoxalement plein de lumière intérieure, l’actrice Sarah Polley, diaphane et sensible interprète, offre en cadeau un jeu toute en intériorité qui ne manque pas de bouleverser. Le reste du casting la suit sans démériter: Mark Ruffalo en amoureux timide et blessé, Deborah Harry en mère border, Amanda Plummer en copine obsédée par les régimes ou encore Leonor Watling découverte dans le sublime Parle avec Elle d’Almodovar. Le dénouement semble nous dire que la vie est belle malgré tout, qu’il ne faut surtout pas perdre de vue que la fragilité de l’existence nous apparait plus nettement encore quand on en perçoit la brièveté, voire la fin proche.
ANNEE DE PRODUCTION 2003.



