Malgré la réticence du producteur Phil Cook, le metteur en scène de théâtre Bernie Dodd contacte pour sa prochaine pièce Franck Elgin, une ancienne vedette déchue devenue alcoolique. Persuadé que Georgie, la femme de Franck, a une influence néfaste sur son mari. Dodd lui demande de s’éloigner. C’est, selon lui, le prix à payer pour que Franck réussisse à se relever…
A l’origine, une pièce de théâtre au texte puissant crée par le dramaturge Clifford Odets, doué pour sonder les âmes humaines et les tourments de vies fracassées. Ici, celles de ce couple brisé par la mort d’un enfant, en sursis, miné par l’alcool pour lui et l’amertume pour elle. Un metteur en scène de théâtre vient justement mettre son grain de sel là dedans, dans le simple but de redonner sa chance à l’homme, ex acteur vedette, et le distribuer dans un premier rôle. Ce drame psychologique passe un peu difficilement la barre du grand écran car son adaptation manque d’aération et de « respiration », le réalisateur George Seaton s’en tient au texte originel au point d’en délaisser quelque peu sa mise en scène, statique. Dans cette valse des névroses, la personnalité de l’épouse est au centre du récit, au départ on nous donne faussement l’impression qu’elle n’aide en rien son mari à sortir de son marasme et de son sentiment de culpabilité, jouant les infirmières dominatrices. En fait, le récit va montrer que les choses sont bien plus complexes qu’elles en ont l’air et tout se dénoue au fil du dialogue (très bien écrit par ailleurs). Un côté vieillot et une romance tardive contrariée entre le metteur en scène et l’épouse loyale ne rendent pas forcément service au film dans sa conclusion.
Le trio de vedettes rattrape les faiblesses citées plus haut: William Holden, fringant et décontracté en homme de théâtre déterminé à monter sa pièce, Bing Crosby dans le rôle du mari acteur rongé par sa « faute » de père défaillant et porté sur la boisson, et surtout Grace Kelly. L’actrice fétiche d’Hitchcock tient là un beau rôle où elle ne craint pas de s’enlaidir, de se montrer terne et peu maquillée, minée par les problèmes profonds de son couple. Sa jolie composition dramatique lui permet de décrocher l’Oscar, au détriment de Judy Garland qui le méritait pourtant sûrement davantage. Cette Fille de la Province serait presque une oeuvre oubliée sans Grace et c’est définitivement pour elle que l’on peut y prêter attention.
ANNEE DE PRODUCTION 1955.



