ERASERHEAD

Dans une ville désaffectée oppressante, Henry Spencer mène une vie sans histoire. Jusqu’au jour où Mary, sa compagne, met au monde un bébé monstrueux, dont la tête difforme dépasse les langes et pleure sans arrêt. A bout de nerfs, Mary s’en va chez ses parents. Henry tente de s’occuper du foetus, tout en étant assailli par des visions étranges et des rêves inexplicables…

Tout premier travail de fin d’études pour le jeune David Lynch qui tourna cet opus quasi expérimental sur presque cinq longues années! Proposant un véritable voyage cinématographique ne ressemblant à aucun autre, Eraserhead est la mise en forme ombragée de fantasmes secrètement enfouis en chacun de nous. Le film ouvre un monde onirique fascinant, nourri d’une ou plusieurs idées par plan! Imbroglio de métaphores, d’images choc, l’expérience visuelle et sonore conçue par Lynch ne tient pas sur un récit platement linéaire et déchiffrable d’emblée: l’utilisation du noir et blanc, l’enfer industriel de Pittsburgh comme décor sinistre à souhait, la monstruosité du foetus difforme, une ambiance de surréalisme et de fantastique mêlés. Tout concourt à faire d’Eraserhead une oeuvre étouffante, oppressante, dérangeante et agaçante aussi parce qu’on n’en saisit pas le sens immédiat. Le futur cinéaste de Mulholland Drive invente un univers coincé entre cauchemar et réalité, où les poulets cuits bougent encore dans les assiettes et où les radiateurs abritent des danseuses miniatures, entre autres étrangetés inédites… Le bébé ressemblant à un croisement entre un reptile gluant et un embryon de veau semble catalyser tous les problèmes de couple traversés par Henry et Mary (insomnies, disputes, promiscuité malsaine, impuissance, etc…). Avec ce récit obscur, ses lugubres décors intérieurs, son attrait pour une horreur viscérale, Eraserhead peut également se lire comme un kaléidoscope de visions de l’inconscient, forcément morcelées et fonctionnant par associations d’idées parfois confuses.

L’insolite général est accentué par l’interprétation halluciné de Jack Nance, un comédien ami de Lynch qui ne tournera d’ailleurs presque que pour lui (Sailor et Lula, Blue Velvet, Dune, et enfin Lost Highway): un jeu minimaliste, peu de dialogues à apprendre, juste une présence qui retient l’attention par son look atypique. Même si rien n’est véritablement rationnel dans le script, se dégage néanmoins une schizophrénie évidente du personnage, abandonné par sa femme, attiré par sa jolie voisine ensorcelante, terrifié de devoir élever ce bébé dégoûtant fruit de ses propres entrailles, et se réfugiant dans ses pensées les plus intimes pour fuir une réalité trop insupportable à assumer. Ultra complexe, Eraserhead déstabilise fortement (y compris après plusieurs projections) et inscrit Lynch dans la catégorie des cinéastes inimitables. D’abord destiné à un public avisé et cinéphile, avide de bizarre et de glauque.

ANNEE DE PRODUCTION 1977.

 

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Onirique, fantastique, bizarre: autant de termes qui peinent à résumer ce premier long métrage de Lynch et son style incomparable. Même sans en saisir le sens, un film fascinant destiné à un public averti.

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