En 1941, l’ancien boxeur Prewitt est affecté dans une caserne basée à Honolulu, où il est sollicité par le capitaine Holmes pour remonter sur le ring. Mais Prewitt refuse, hanté par un combat qui s’est très mal terminé pour un de ses adversaires. Il subit alors d’incessantes humiliations destinées à le forcer à accepter le défi. Dans le même temps, le sergent Warden s’éprend de Katie Holmes, la femme de son supérieur hiérarchique…
Tant qu’il y aura des hommes, au titre éloquent, évoque donc les destinées de quelques soldats dans une base militaire, juste avant le bombardement meurtrier de Pearl Harbor. Avec un réalisme certain, le film, adapté du roman de James Jones, décrit le quotidien de la garnison, ses durs à cuire mêlés à des hommes plus mesurés et sensibles, tous en tout cas motivés par le sens du devoir: celui de servir leur nation. C’est Fred Zinnemann, réalisateur du Train sifflera trois fois, qui est aux commandes de ce drame devenu un classique du cinéma américain par la somme de ses séquences mythiques (le combat de boxe, la rixe au couteau, la mort de Maggio et surtout l’étreinte amoureuse nocturne sur la plage entre Warden et Katie) et qui s’avère par ailleurs un drame puissant sur l’engagement militaire et les sacrifices qu’ils entrainent. Cependant, l’amitié virile, le patriotisme, le harcèlement moral subi par certains soldats représentent des thèmes certes passionnants mais qui manquent d’unité dans un scénario qui cherche constamment à naviguer d’un personnage à l’autre, sans parfois trouver le bon équilibre. Le courage et l’honneur individuel à travers Prewitt touche davantage que les intrigues sentimentales, assez basiques, que le film se croit presque obligé de mettre en avant. Tant qu’il y aura des hommes demeure d’abord et avant tout une étude sur le « masculin » avec son lot de bagarres, de virilité exacerbée, de violence physique et mentale.
L’atout majeur du projet se trouve dans sa distribution, prestigieuse s’il en est! Burt Lancaster pragmatique, droit et amoureux de la femme qu’il ne lui faut pas, Deborah Kerr incarne la femme mal mariée qui voudrait croire à un amour véritable et assume son adultère avec audace (pour l’époque), mais les deux plus beaux rôles reviennent à Franck Sinatra (employé pour la première fois dans un registre dramatique et très convaincant) et surtout Montgomery Clift, dont l’intensité de jeu transpire à chaque scène, dans sa rage et son obstination, les larmes qu’il laisse couler tout en jouant du clairon pour son ami mort. Important à sa sortie, le film remporta pas moins de 8 Oscars: un plébiscite que l’on peut juger exagéré avec le recul.
ANNEE DE PRODUCTION 1953.



