Après avoir abandonné à 19 ans l’enfant qu’elle portait, Julia s’est marié avec un homme à qui elle n’en parla jamais. Le nouveau né avait été confié à un couple d’ouvriers polonais, les Koskowitz. Six ans après, tenaillée par l’idée de récupérer l’enfant, Julia met tout en oeuvre dans ce sens. Son mari ne la comprend pas, décontenancé par cette obsession soudaine…
Le futur réalisateur des Granges Brulées , Jean Chapot, débuta au cinéma avec ce premier film qu’il écrit en collaboration pour les dialogues avec Marguerite Duras. La Voleuse se présente comme un drame psychologique raconté avec une distanciation telle qu’elle annule tout impact émotionnel. Chapot filme dans des décors désincarnés (appartement sans âme, zones urbaines désaffectées déprimantes) et suit des personnages atones, semblant peu impliqués dans leur histoire. Ce récit d’une femme obnubilée par l’enfant qu’elle avait abandonné et qu’elle « vole » au couple qui l’a adopté déconcerte par sa froideur, par son manque de « point de vue » sur le petit garçon en question (on le voit très peu et ne parle pour ainsi dire jamais), Chapot le reléguant au rang d’objet. Duras était bien connue pour son écriture automatique qui ne fonctionne pas vraiment ici, et la mise en scène plate n’arrange rien. L’esprit intimiste désiré aurait pu à la rigueur correspondre à une pièce de théâtre ou à un monologue féminin. Car tout finalement repose sur cette femme mystérieuse, secrète, ne pensant qu’à revenir sur son acte passé en claquant simplement des doigts, au mépris de la morale et ignorant le désespoir causé aux parents adoptifs.
Unique véritable intérêt à sauver dans La Voleuse: l’interprétation sensible et convaincante de Romy Schneider, pleurant, hurlant, suppliant, ou simplement murée dans des silences profonds. Elle tente par tous les moyens de faire exister ce personnage grâce à son talent et avec la complicité de son partenaire fétiche, Michel Piccoli, avec lequel elle tourne là pour la première fois. On se prend parfois à rêver de ce qu’aurait fait Claude Sautet avec ce matériau et ce couple mythique. Jean Chapot ne parvient pas du tout à se hisser à leur niveau et à leur offrir de quoi défendre favorablement leurs personnages. Coincé quelque part entre tentative de film d’auteur et plein boum de la Nouvelle Vague, La Voleuse se regarde avec indifférence, en admirant juste Romy.
ANNEE DE PRODUCTION 1966.



