Dans une forêt de l’Aveyron, un enfant vivant à l’état sauvage est capturé par des paysans. Il est d’abord placé dans un centre de sourds muets, où il devient l’objet de toutes les curiosités. Lorsque les autorités décident de le transférer dans un asile pour enfants, le docteur Itard s’y oppose et l’accueille dans sa maison des Batignolles, afin de l’aider à développer ses facultés intellectuelles et sa sensibilité…
En découvrant la véritable histoire de Victor de l’Aveyron décrite dans les Mémoires du médecin Jean Itard, François Truffaut, cinéaste profondément concerné par l’enfance, s’est immédiatement attelé à l’adapter pour le cinéma. Mais pas sur le mode romanesque qu’il adopta pour Les 400 Coups, Jules et Jim ou La Sirène du Mississipi , Truffaut utilise un dispositif inédit pour lui: le quasi documentaire. Par l’entremise d’une réalisation sobre avec quelques effets (ouvertures et fermetures à l’iris notamment comme au temps du muet), L’Enfant Sauvage nous parle d’éducation, d’apprentissage, comment faire passer un enfant de l’état de nature à celui de la civilisation. Ce gamin sourd, muet, instinctif, imprévisible, livré à lui même durant ses dix premières années se retrouve entre les mains d’un docteur résolu à l’éduquer et à le cultiver. Frisant par moments l’exposé scientifique didactique, le film gagne notre intérêt et notre coeur par les lents progrès du sauvageon nommé Victor et du lien forcément spécial qui l’unit à son protecteur/professeur. La reconstitution de l’époque (l’action se situe entre 1798 et 1800) ne se remarque vraiment que par quelques costumes, sinon le ton se veut « moderne », comme si le propos défendu par Truffaut se posait comme intemporel. Le très beau noir et blanc que Nestor Almendros a scrupuleusement soigné pour sa photographie participe aux qualités notables, au même titre que les airs de Vivaldi accompagnant la bande son. Finalement, alors que l’auteur du Dernier Métro voulait s’éloigner de tout lyrisme « artificiel », la voix off (qui est la sienne) et qui raconte les différentes étapes d’apprentissage, revêt un caractère très littéraire.
Truffaut se met en scène pour la première fois en tant qu’acteur principal (avant La Nuit Américaine et surtout La Chambre Verte) et incarne Itard, le docteur au grand coeur et toutefois inflexible avec le jeune Victor, campé par Jean Pierre Cargol, repéré dans un camp de gitans et merveilleux dans ce tout premier rôle au cinéma. En fictionnalisant l’histoire de ce petit garçon désociabilisé, abandonné sans doute très jeune et éduqué sur le tard, François Truffaut se pose en humaniste convaincu, plein d’espoir pour la jeunesse, le pouvoir des mots, la passion d’apprendre. Un de ses films les plus personnels.
ANNEE DE PRODUCTION 1970.



