Totone, 18 ans, passe le plus clair de son temps à boire des bières et écumer les soirées du Jura avec sa bande d’amis. Cependant, la réalité le rattrape: il doit s’occuper de sa petite soeur de sept ans et trouver un moyen de gagner sa vie.
Vingt Dieux constitue une proposition de cinéma séduisante à bien des égards. Tout d’abord il s’agit d’un premier travail de cinéaste, une jeune femme nommée Louise Courvoisier, plantant sa caméra sur sa terre natale du Jura et pose un regard presque documentaire sur le quotidien du milieu paysan. Ensuite, par l’application acharnée à ne pas tomber dans le récit pétri de dramatisation outrancière, elle construit son scénario autour d’un personnage masculin confronté aux dures épreuves de la vie ( mort du père, absence de mère, besoin urgent de gagner sa croûte et celle de sa petite sœur). La narration justement serait d’ailleurs le point le plus discutable de l’ensemble: un peu trop sèche, d’une âpreté appuyée qui annihile par moments l’émotion.. Les intentions sont, par contre, toujours sincères et louables: décrire le travail difficile de la ferme, la fabrication du fromage (avec moults détails techniques), la réalité du monde agricole apparaît sous nos yeux..Il y a du Pialat dans l’envie de capter une vérité, du Bruno Dumont dans l’attachante approche des personnages et ce récit d’apprentissage prend aussi le temps de parler d’amour, parfois maladroit, tatônnant, hésitant. Louise Courvoisier filme également les beaux paysages de campagne avec une lumière soignée, comme les décors naturels enveloppants ses vies simples. Humaniste et juste dans son observation des êtres, Vingt Dieux s’accorde timidement de l’humour, mais le personnage de Totone est bel et bien ancré dans le réel, il doit d’abord s’en sortir avant de penser à rire.
Découverts lors d’un casting sauvage, les deux comédiens non professionnels que sont Clément Faveau et Maiwène Barthélémy ne cherchent bien sûr ni la performance ni à « épater », ils se contentent d’être les plus authentiques possible et servent le propos comme il se doit. Sous la forme d’un conte naturaliste, ce galop d’essai cinématographique, certes imparfait, possède une empreinte tangible et laisse imaginer un second long métrage plus ciselé encore. Le César de la Meilleure Première Oeuvre devrait lui permettre de tenir ses promesses. Le cinéma français a besoin de ses regards neufs pour continuer à entretenir sa création.
ANNEE DE PRODUCTION 2024.



