Rome, 69 Avant JC, Une révolte de gladiateurs éclate. A sa tête, Spartacus, esclave redoutable et gladiateur, mène ses troupes contre l’armée romaine. Sur le chemin de la liberté, il va affronter l’armée surpuissante de Crassus, l’empereur. Symbolisant la lutte éternelle de l’homme pour sa dignité, Spartacus vit aussi une belle romance avec Varinia, une autre esclave à qui il veut transmettre son désir d’un avenir libre et paisible…
L’histoire de l’élaboration de Spartacus est presque aussi chaotique que le récit lui même, imaginé par Howard Fast et scénarisé par l’excellent Dalton Trumbo, alors poursuivi pour ses activités communistes par le sénateur Mac Carthy. Inspiré par la véritable destinée de Spartacus, le chef d’une révolte d’esclaves dans la Rome Antique, le film fut d’abord confié à Anthony Mann avant que celui ci ne soit remplacé au pied levé par Stanley Kubrick, d’ordinaire maitre de ses projets et qui accepta la commande par amitié pour Kirk Douglas, producteur et acteur principal. Ce péplum mêle scènes d’action spectaculaires et séquences intimes (l’amour entre le héros titre et Varinia) dans une belle harmonie, la réalisation de Kubrick aussi ample qu’implacable suit tout du long des personnages passionnants en lutte pour leur liberté, vent debout contre l’oppresseur (l’empereur romain et sa dictature impitoyable). Bien sûr, il faut un peu passer outre l’inévitable manichéisme présentant d’un côté les gentils esclaves et de l’autre les méchants Romains, mais Kubrick se surpasse pour le reste (mouvements de caméra étourdissants lors des batailles, profondeurs de champs pour les combats de gladiateurs, romantisme sincère dans la description des sentiments profonds éprouvés par les protagonistes). Il y a un indéniable souffle épique qui reste brillamment en place durant les trois heures de projection et très peu de baisse de régime. Les allusions homosexuelles entre l’empereur et ses esclaves (surtout Antoninus, chanteur et poète) ont subi les foudres de la censure, notamment une scène de bain aux dialogues suggestifs qui sera réintégrée dans la restauration finale du film.
Entièrement dévolu à son personnage d’homme enchainé dans un premier temps puis libre dans ses actes et dans sa tête, Kirk Douglas livre une de ses prestations les plus fameuses, parfait pour incarner à la fois un guerrier et un humaniste forcené. Et par ailleurs, quel sublime casting! Laurence Olivier entre dans la peau de Crassus avec son don bien connu pour les nuances d’incarnation, Tony Curtis joue Antoninus avec son physique plus frêle et même une certaine androgynie, Charles Laughton, John Gavin, Peter Ustinov complètent le tableau avec brio. Seule figure féminine de ce « film de mecs », Jean Simmons, très belle actrice un peu oubliée aujourd’hui, joue la compagne fidèle de Spartacus. Comment oublier la séquence finale, triste et puissante, où sur le chemin des crucifiés, elle brandit son bébé pour que son homme constate fièrement que son combat n’aura pas un vain sacrifice?
ANNEE DE PRODUCTION 1960.



