Dans un grand domaine bordelais, Thérèse, mariée à un homme qui la déçoit sur tous les plans, malgré l’amitié profonde qu’elle entretient avec sa belle soeur, elle même éprise d’un séduisant jeune homme, se révolte contre une bourgeoisie qui cache ses tares derrière un rideau de conventions étriquées. Pour se libérer de ce carcan, Thérèse tente d’empoisonner son mari à petit feu…
Après son incursion très réussie et angoissante dans le cinéma fantastique avec Les Yeux Sans Visage, Georges Franju adapte un des romans les plus forts de François Mauriac, Thérèse Desqueyroux. Peinture sans concessions du milieu bourgeois landais écrasé par la torpeur ambiante, l’hypocrisie d’une famille engluée dans ses principes, sourd et aveugle à toute épanouissement personnel, réfractaire à l’idée qu’une jeune fille puisse avoir des désirs et de l’ambition, allergique à toute forme de manifestation affective, le film reste fidèle à la narration de Mauriac, décrivant le personnage de Thérèse comme une « victime » de son rang social et de son éducation davantage qu’une épouse préméditant le meurtre de son mari veule et lâche. Franju accorde toujours une importance accrue à ses images (le noir et blanc y est lumineux), cadrant ses personnages dans des lieux souvent clos (cette grande demeure ressemble à une prison dorée), il réussit à rendre palpable un calme apparent, à sonder les sentiments intérieurs de son héroïne qui gronde tel un volcan alors qu’elle n’en laisse rien paraitre. Si la mise en scène semble parfois figée, n’est ce pas justement pour montrer la raideur des protagonistes, la froideur de leurs rapports, le piège dans lequel Thérèse se débat? La tension que l’on ressent vient tout droit de la volonté farouche de cette femme de respirer enfin, de faire sauter le verrou, découvrir un monde qui lui correspond mieux.
Déjà formidable d’intensité chez Resnais avec Hiroshima Mon Amour, Emmanuelle Riva trouve en Thérèse le second rôle phare de sa carrière aux choix exigeants. Comme étrangère à son propre corps, elle traverse le film, évanescente, insaisissable et néanmoins tangible par son jeu extrêmement étudié. Face à elle, placide et parfois dur, Philippe Noiret dégage une autorité impressionnante, avare du moindre geste affectueux, uniquement inquiet de sauver les apparences de ce mariage sans amour. Edith Scob retrouve Franju après Les Yeux sans visage et Sami Frey confirme son statut de jeune premier, après son passage dans La Vérité de Clouzot. Avec son style à part, Franju respecte à la fois les monologues intérieurs et très littéraires que Mauriac a écrit et laisse éclater le lent envol de son héroïne, à l’image des colombes s’élevant dans le ciel dans une des premières séquences de ce film à ne pas manquer.
ANNEE DE PRODUCTION 1962.



