A Taipei, NJ Jian, un quadragénaire morose, assiste au mariage de son beau frère. A cette occasion, deux événements vont venir « bouleverser » le cours des choses: sa belle mère tombe dans le coma après une attaque, et il recroise son grand amour de jeunesse, Sherry. Sa fille Ting Ting vit sa première désillusion amoureuse et son jeune fils, Yang Yang, ne cesse de photographier les gens de dos pour « leur montrer ce qu’ils ne voient jamais d’eux mêmes »…
Réalisateur chinois tournant essentiellement à Taiwan, Edward Yang examine dans son oeuvre, mal distribuée en France, la lutte entre la modernité et la tradition, notamment dans Confusion à Confucius ou A Brighter Summer Day. Avec Yi Yi, son septième et ultime long métrage avant sa mort prématurée, il transcende l’écueil habituellement réservé aux sagas familiales par une observation accrue de ses personnages, un regard appliqué sur les êtres, et surtout une finesse narrative que l’on ne voit pas souvent dans le cinéma asiatique (plus porté sur l’esthétique). Le film fonctionne comme une boucle démarrant par un mariage et se termine par des funérailles, avec entre les deux, une foule de thèmes traités: les relations humaines disséquées à travers les crises existentielles de trois générations, leurs regrets, leurs espoirs, leurs fautes passées et leurs hésitations majeures face à l’avenir. Yang ne laisse rien échapper à ses yeux attentifs, son écriture aiguisée prenant bien le temps d’étirer ses scènes pour en faire sortir l’essentiel (quelques longueurs peuvent d’ailleurs lui être reprochées). Cette histoire intimiste, universelle finalement, touche parce que les actes de chacun sont quelque part un peu les nôtres à un moment de notre vie: perte d’un être cher, saisir la main de l’autre pour se sentir moins seul, laisser s’enfuir l’amour de sa vie par maladresse ou incapacité à se montrer tel que l’on est, etc…
Yi Yi témoigne d’une pudeur et d’une mélancolie affirmées, alors que l’humour et une certaine légèreté passent aussi à travers le personnage du petit garçon, innocent encore des réalités de l’existence. Edward Yang utilise de nouveau des comédiens non professionnels, dont Wu Nien Jen, protagoniste clef en cadre en proie à une remise en question radicale sur son mode de vie et renouant avec son passé affectif au contact de sa première fiancée qu’il n’a jamais vraiment oublié. Telle une partition musicale adroitement composée, Yi Yi charrie suffisamment de nostalgie, d’émotions ténues, pour constituer un très beau moment de cinéma. Le Prix de la mise en scène à Cannes ne lui fut pas attribué pour rien!
ANNEE DE PRODUCTION 2000.



