Neuf mois après le viol et le meurtre de sa fille Angela, Mildred Hayes décide de réagir car la police n’a aucun résultat et l’enquête est quelque peu délaissée. Elle fait inscrire sur trois panneaux publicitaires des phrases choc pour « faire bouger » les choses. Lorsque Dixon, l’officier en chef s’implique dans la dispute, la lutte entre Mildred et les forces de l’ordre va virer à l’affrontement dangereux…
A la suite d’un bon thriller mâtiné d’humour anglais (Bons Baisers de Bruges), le réalisateur irlandais Martin MacDonagh aiguise encore davantage ses petits couteaux narratifs pour pondre un véritable drame policier à l’écriture ciselée. 3 Billboards manie de nouveau l’humour (noir cette fois), l’intelligence du propos et plonge dans l’Amérique profonde, celle des Trumpistes racistes, isolationnistes, intolérants à tout ce qui ne leur ressemble pas. A travers des personnages de looser retrouvant peu à peu leur humanité, le film se concentre sur la quête désespérée mais réfléchie d’une mère à vif, écrasée par la douleur d’avoir perdu son enfant et qui réclame justice à corps et à cris. Un côté Frères Cohen sous acide semble tenir la barque de ce long métrage étonnant, rempli de rebondissements et qui ne nous mène jamais là où l’on croyait atterrir. MacDonagh a l’audace et la force de se reposer sur des dialogues hyper travaillés (son amour du texte et du théâtre se ressent tout du long), tout en élaborant un scénario accrocheur. Il y est question de vengeance, de pardon, de droiture, et jamais ces thématiques ne s’annulent entre elles, au contraire tout est bien construit autour de la notion de violence (physique ou psychologique). Avec ses allures de fable politico sociale, 3 Billboards agit comme un uppercut dans une production US balisée et assez moribonde en général.
Toute la distribution mérite des louanges: les deux principaux rôles masculins tenus par Woody Harrelson et Sam Rockwell en flics pas si médiocres que ça marquent des points par leur interprétation jouissive, les autres (Lucas Hedges, Caleb Landry Jones, Peter Dinklage) existent en quelques scènes avec une vraie intensité. Mais il faut surtout applaudir la performance incroyable de Frances Mac Dormand, proprement géniale en mère enragée et lauréate d’un Golden Globe et d’un Oscar fort mérités. Avec moins de cocasserie que dans ses opus précédents, Martin MacDonagh préfère l’alliage de la tendresse et de la cruauté pour tracer un sillon d’auteur sur lequel il faut désormais compter.
ANNEE DE PRODUCTION 2017.



