Kate et Pat sont deux soeurs jumelles: la première, douce et sage, rencontre Bill, un jeune homme dont elle tombe amoureuse, la seconde, vicieuse et diabolique, lui ravit Bill et l’épouse. Kate tente de rester digne et mène tout de même sa vie, conservant une rancune tenace envers sa soeur. Un jour, Pat et Kate se retrouvent dans la maison familiale et doivent faire une virée en mer sur un petit voilier…
On le sait, sous contrat avec la Warner pour la plupart de ses mélodrames tournés dans la décennie 40, Bette Davis brilla dans de vraies perles comme La Lettre, La Vipère ou Une Femme cherche son destin. Elle fut aussi l’héroïne de quelques autres titres beaucoup moins connus, sans doute par leur moindre réussite. La Voleuse est justement un de ceux là. Sur un scénario un peu tiré par les cheveux, ce drame sentimental aux allures de faux thriller (du moins dans sa seconde partie) garde un long moment ses intentions et ses enjeux obscurs ne se dessinent qu’assez tardivement. En charge de la réalisation, le très oubliable Curtis Bernhardt, un réalisateur rattaché au studio Warner et au talent limité, ne parvient pas tout à fait à donner de l’épaisseur à cette histoire de soeurs jumelles pourtant dotée d’un certain romanesque. En définitive, La Voleuse est le type de film sur lequel tout l’intérêt repose sur l’interprétation de sa vedette principale et de ce point de vue là, on a droit à un festival Bette Davis! Il est doublement ahurissant de la voir jouer en tandem avec elle même, l’une introvertie et « victime » et l’autre sûre d’elle et sans scrupules. Le genre de double rôles que Davis adorait incarner et il faut reconnaitre qu’ici, son sens des nuances atteint des sommets.
Le choix de Glenn Ford, sorti du succès de Gilda, en mari naïf et trompé, corrobore l’idée que le film a été entièrement pensé pour Bette Davis: l’acteur n’est pas mauvais, juste « neutre » face à elle, ne lui faisant jamais d’ombre. Il serait malhonnête de prétendre que l’intrigue n’a rien de crédible (une soeur pique à l’autre son amoureux, mais l’autre lui volera ensuite son identité), c’est surtout dans l’utilisation outrancière des ellipses que se niche les faiblesses du script. En outre, le happy end « forcé » semble avoir été écrit à la va vite pour parvenir à une conclusion « acceptable » et très morale. Davis jouera de nouveau des jumelles dans le sombre La Mort frappe trois fois, supérieur à ce mélo sans relief.
ANNEE DE PRODUCTION 1946.



