Arthur a vingt ans et étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain de 15 ans son ainé, vivant à Paris. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire, s’aimer… Mais cet amour, Jacques sait et doit le vivre vite, la maladie ne lui laissant guère de temps devant lui…
Depuis son premier opus, 17 fois Cécile Cassard, Christophe Honoré a imprimé sa marque d’auteur à la fois exigeant, léger, très influencé par Cassavetes et Demy, et son cinéma à fleur de peau traite des émois amoureux (la majorité du temps) homosexuels dans une époque où assumer ses désirs coule davantage de source qu’il y a vingt ans. Justement avec Plaire Aimer et Courir Vite, il se replonge dans les années Sida, au début de la décennie 90, avant l’arrivée des trithérapies, quand l’amour rimait encore avec mort pour des hommes en pleine force de l’âge. A la fois conte sentimental poignant et intrigue amoureuse menacée par ce virus dévastateur, son scénario évite à tout prix la surenchère de pathos, le trop plein de larmes, pour se concentrer sur le sentiment, le sexe, la séduction, le plaisir intense d’une rencontre. Ses deux personnages, Arthur et Jacques, unissent leurs coeurs au gré de leurs goûts communs pour la lecture, la correspondance, le dialogue (le script frise le littéraire, mais jamais pompeux) et leurs deux voix nous accompagnent dans cette histoire d’amour forte et pudique. Peu de séquences de corps entremêlés, une quasi nouveauté pour Honoré qui demande là une concentration plus accrue sur les bleus de l’âme, sur la naissance du désir et sur l’urgence de vivre avant que la mort ne vienne tout briser. Il se sert toujours de ses influences multiples (citation de Koltès, plan sur la tombe de François Truffaut, BO « nineties » bien vue, etc…) et allie romanesque et lyrisme avec une grâce aérienne qui semble aller de soi.
Honoré a très bien fait de réunir deux comédiens encore jamais mis face à face avant: Vincent Lacoste apporte une fraicheur et une fougue revitalisantes du haut de sa vingtaine magnifique et Pierre Deladonchamps dépasse le statut de simple « beau gosse » en complexifiant son jeu, à mi chemin entre drame et gravité, complètement crédible en romancier trentenaire condamné et malgré tout amoureux pour la dernière fois. Les deux acteurs font preuve d’une alchimie évidente. Citons aussi la participation de Denis Podalydés, Adèle Wismes, Quentin Thébault pour des seconds rôles très honorables. La douleur éprouvée dans les dernières séquences se présente malgré tout avec une certaine douceur, venant confirmer sans nul doute possible qu’Honoré tient là son meilleur film encore à ce jour.
ANNEE DE PRODUCTION 2018.



