Wei Tong, golden boy new yorkais d’origine taïwannaise, vit avec son compagnon Simon dans un loft de Manhattan. Il tente d’expulser Wei Wei, une artiste peintre fauchée qui occupe clandestinement un appartement insalubre dont il a la charge. Les parents de Wei Tong s’inquiètent de ne toujours pas avoir d’héritier et le presse à se marier…
Après un premier long métrage passé relativement inaperçu, le taiwannais Ang Lee trace le portrait d’un jeune homosexuel intégré à New York, mais cachant sa « différence » à ses parents, restés vivre à Taïwann. Il met en place un faux mariage pour alléger la pression mise sur lui et bien entendu, ce postulat ne peut qu’aboutir à une comédie de moeurs. Délicieuse, car ancrée dans l’air du temps, décrivant bien le fossé entre les générations, les nouveaux modes de vie si opposés entre enfants et parents, et donne lieu à des quiproquos savoureux. Ang Lee s’y entend pour imposer un humour franc, sans se départir tout à fait de sa sensibilité qui prend presque le dessus dans la seconde partie, quand les « masques » tombent un à un. Ce plaidoyer contre l’intolérance fait rire (toute la longue séquence du banquet est désopilante), émeut (chaque point de vue a ses raisons et les personnages veulent tous sauver les apparences pour ne jamais blesser l’autre). Garçon d’Honneur aurait pu virer au vaudeville insignifiant sans la mise en scène inventive de Lee, influencée par le cinéma européen notamment. A la croisée des cultures, il évoque bien sûr la vie américaine mais aussi la tradition familiale chinoise plus conservatrice, sans jamais mettre dos à dos les gays contre les hétéros, les parents contre les enfants. Et cadeau suprême, le dénouement évite la séquence « d’explication lourde » où tout serait mis à jour, le scénario optant davantage pour la retenue, la délicatesse et l’émotion n’en est que plus authentique finalement.
Le casting général apporte également entière satisfaction (Winston Chao, Mitchell Lichtenstein, May Chin, mais aussi les parents incarnés par Lung Sihung et Gua Ah Lei), tous parfaitement crédibles. Ang Lee est parvenu à divertir tout en distillant un message social et culturel significatif et en donnant une représentation positive de la question LGBT, à une époque où ce n’était pas encore si fréquent. Le script intelligent et sensible aborde des thèmes comme l’identité sexuelle, le conflit générationnel, sur un mode léger et cependant toujours bien amené. Garçon d’Honneur a charmé le festival de Berlin et repartit avec l’Ours d’Or: une récompense méritée qui ouvrit ensuite à Ang Lee la voie à des productions ambitieuses et lui permit de montrer ses capacités dans des genres très divers.
ANNEE DE PRODUCTION 1993.



