Le jeune acteur américain Carl Erikson est la sensation du moment. De passage à Paris, il est sollicité de toutes parts et donne un peu par hasard un autographe à Paulette Nanteuil, elle-même actrice reconnue en France, mais inconnue de lui. Sous le charme de la jeune femme, il espère la retrouver mais elle lui a donné un faux nom, celui de son amie Claudine André, journaliste. Il se trouve que Carl Erikson a rendez-vous pour une interview avec Philippe de Morannes, rédacteur en chef de Paris-Soir et par ailleurs, amant de Paulette.
Le meilleur auteur d’avant guerre (et d’après aussi finalement), à savoir M. Sacha Guitry, avait fait les beaux jours du théâtre français avant de décider passer au cinéma. Artiste complet, il adapta pratiquement toutes ses pièces les plus fameuses. Quadrille rentre dans la série de ses textes les plus savoureux. Soit un mari, une épouse et un bel amant américain de passage pour semer la zizanie, en tout cas constituer le schéma classique du vaudeville le plus « ordinaire ». Sauf que ce trio amoureux prend une toute autre dimension et sort de la banalité par la verve des dialogues de Guitry, fin observateur des rapports hommes/femmes. Il y est question de cocufiage, d’infidélité (surtout féminine d’ailleurs), de désamour: toute la ronde sentimentale dispersant les couples et les pousse à se tromper, à mentir (par omission ou en toute conscience). Guitry ne faisait pas du simple théâtre filmé, pour ne pas donner une impression de « renfermé » avec ses décors clos de chambres d’hôtels ou d’appartements bourgeois, il manie sa caméra avec grâce et sa réalisation s’en trouve alerte, dynamique. A tel point qu’au lieu de passer pour démodé, Quadrille enchante par sa modernité et son humour féroce: la lucidité avec laquelle Guitry pointe du doigt le mariage et ses travers occasionne rires et distraction fort agréable.
En tant qu’acteur, il est évidemment au centre du jeu, avec une évidente jubilation à faire graviter les autres personnages autour de lui même, par sa voix reconnaissable entre mille, sa diction parfaite, son aisance époustouflante. Gaby Morlay incarne la femme infidèle tandis que Jacqueline Delubac (muse et épouse du maitre à la ville) tient le rôle secondaire de la petite journaliste friande de potins, désarmante de séduction. En participation, la toujours truculente Pauline Carton complète la distribution. Mensonges, portes qui claquent, répliques qui fusent et joie de manier les mots: tout l’esprit Guitry se trouve ici condensé!
ANNEE DE PRODUCTION 1938.



