Iran, de nos jours. Un homme croise par hasard celui qu’il croit être son ancien tortionnaire. Mais face à ce père de famille qui nie farouchement avoir été son bourreau, le doute s’installe.
Après La Femme qui en savait trop, sorti en Août dernier, voici un second film iranien tourné dans la quasi clandestinité et dirigé par le désormais incontournable Jafar Panahi, récompensé au dernier festival de Cannes par la prestigieuse Palme d’Or. Un Simple Accident oscille entre drame humain, thriller sombre, brûlot politique et déploie un récit aussi net que sa mise en scène est frontale. Panahi « réveille » les fantômes encore bien présents de la dictature iranienne en dénonçant les exactions du régime de la terreur: cet homme, ancienne victime d’un tortionnaire, qu’il pense reconnaitre à sa claudication, veut obtenir justice et kidnappe son bourreau pour se venger et lui soutirer des aveux. Un pitch un peu semblable à celui de La Jeune Fille et la Mort de Polanski (il s’agissait là de la dictature chilienne). Non dénué dans certains passages d’un humour qui pourrait paraitre incongru au sujet, le film nourrit une tension implacable de la première à la dernière image: l’auteur de Taxi Téhéran oppose les notions de désir de vengeance et capacité à pardonner des actes ayant laissé des traumas indélébiles. Il s’agit également de montrer l’inutilité de perpétuer la violence que l’on a soi même subi, en cela le film séduit par sa portée humaniste courageuse. La voiture, comme souvent chez Panahi, joue un rôle central, lieu où le présumé coupable est cloîtré, là où les personnages font bloc pour assouvir leur besoin de vérité (et pas tous de manière identique).
Panahi retrouve deux comédiens qu’il a déjà dirigé dans le passé, à savoir Vahid Mobasseri (Aucun Ours) et son propre neveu Majid Panahi (Taxi Téhéran), le reste de la distribution dégage aussi une belle force dans l’interprétation. Cri de révolte contre les effets dévastateurs de la torture et de l’oppression, Un Simple Accident se termine sur un plan fixe d’une puissance phénoménale, comme pour signifier que le mal rôde toujours, que les blessures d’antan résonnent dans nos oreilles pour longtemps, que l’on a beau avancer avec de lourds traumatismes, les souvenirs les plus durs restent vivaces. Pas de doute, cette Palme d’Or ne relève pas du hasard!
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



