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LES AMANTS CRUCIFIES

XVIIe siècle. Mohei est le brillant employé de l’imprimeur des calendriers du palais impérial. O-San, la jeune épouse de son patron, sollicite son aide pour éponger les dettes de sa famille, car son mari est trop avare. Mohei accepte et emprunte l’argent sur la commande d’un client. Dénoncés et menacés d’adultère, Mohei et O-San vont devoir fuir avant de s’avouer l’un l’autre leur amour.

Au temps du Japon féodal, on ne plaisantait pas avec l’adultère… Après avoir enchainé la même année deux oeuvres magnifiques (L’Intendant Sansho et Une femme dont on parle), le japonais Kenji Mizoguchi signe dans la foulée cette adaptation d’une pièce de Kawaguchi La Légende du Grand Parcheminier et en tire un sublime poème d’amour. Il utilise toutes les ressources du noir et blanc avec un art raffiné du cadrage, une réalisation pleine de noblesse, pour signifier l’extrême pudeur des sentiments autant que l’impitoyable monde corrompu et matérialiste dans lequel se débattent des êtres privés de toute possibilité d’émancipation. Les Amants Crucifiés ce sont O San et Mohei, victimes de leurs différences sociales, de l’argent (elle a dû épouser un homme plus vieux qu’elle n’aime pas, lui a commis une faute pour rendre service à sa maitresse), de l’entourage rapace et cupide qui n’ont que faire de leurs états d’âmes. Au premier abord, la poésie avec laquelle Mizoguchi raconte cette histoire ne nous prépare pas à la cruauté de la suite, cependant plus le récit se déroule plus on pressent la tragédie se dessiner. Mizoguchi rappelle la misogynie et la domination masculine régnant dans une société rigide dans laquelle la notion de « devoir » prenait un aspect disproportionné. La morale du film semble d’un pessimisme total, puisque le couple est conduit à la mort comme pour les condamner d’avoir seulement voulu vivre leur passion et bafouer les lois en vigueur.

Les deux interprètes Kazuo Hasegawa  (surtout vu chez Kinugasa) et Kyoko Kagawa (Voyage à Tokyo d’Ozu), au centre de ce drame domestique tragique, traduisent parfaitement les sentiments d’abord à peine exprimés, puis leur abandon total. Dans la superbe séquence filmée sur le lac Biwa, quand les amants tentent de fuir sur une barque de fortune, la caméra reste en plan fixe et saisit tout: l’emprisonnement mental des protagonistes, leurs désirs refoulés, leur lente dérive vers un destin écrit par les autres. Les Amants Crucifiés, un des derniers films du maitre japonais, compte parmi aussi ses plus beaux et a remporté le Lion d’Argent à Venise.

ANNEE DE PRODUCTION 1954

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

Un sublime poème d'amour et de mort, traduit avec génie par Mizoguchi. Images noires et blanches de toute beauté, propos fort sur le Japon féodal. Une oeuvre indispensable.

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