En Malaisie dans une plantation de caoutchouc, un homme est abattu un soir de plusieurs coups de revolver. il s’agit d’Hammond, un ami de la famille Crosbie. Leslie est l’auteur du « crime »: elle explique que l’homme a tenté de la violer en l’absence de son mari et la police ne doute pas de sa version des faits. Mais alors qu’une enquête de routine s’ouvre, l’avocat de Leslie apprend qu’il existe une lettre écrite par la jeune femme et destinée à Hammond lui demandant expressément de la retrouver ce soir là….Les doutes ne font que commencer…
Entre mélodrame et film noir, La Lettre marque la seconde collaboration entre le réalisateur américain William Wyler et son actrice de Jézebel, la géniale Bette Davis. D’après une nouvelle de Sommerset Maugham, ce remarquable film suit la trajectoire d’une femme présumée victime dont on apprend au fil du récit à découvrir le vrai visage: celui d’une menteuse éhontée qui trompe son monde. La Lettre , merveilleusement mis en scène, très bien photographié avec ses clairs obscurs inquiétants, son noir et blanc issu de l’expressionisme réjouit par la teneur précise de son script, sa parfaite maitrise du rythme et son suspense sous jacent. Wyler dépeint la frustration amoureuse, la duplicité, les faux semblants de couples, et nous plonge dans une intrigue policière aux coups de théâtres percutants. Il semble prendre beaucoup de plaisir à suivre son héroïne, rongée par une passion secrète et capable de tirer à son avantage n’importe quelle situation jusqu’à un final beaucoup plus moral que l’on ne dévoilera pas ici.
Ce bel écrin repose par ailleurs sur l’interprétation emballante de Bette Davis donc: visage têtu, regard insondable, exprimant tant de sentiments ambivalents avec un sens aigu du détail et trouvant là un des nombreux rôles de « mauvaise femme » dont elle se spécialisera au cours des deux décennies suivantes. Face à elle, un acteur au jeu beaucoup plus neutre, Herbert Marshall, dans son personnage de mari bafoué et aveuglé par l’amour. Dans sa composition des plans, Wyler n’a rien à envier à Hitchcock comme en témoigne l’ouverture du film: un long travelling vertical, puis horizontal annonçant le mystère à venir, la tragédie s’installer et le destin inéluctable en bout de course. Un film envoutant.
ANNEE DE PRODUCTION 1940.



