Judith Traherne, trentenaire mondaine, vit une existence luxueuse, mais vide d’émotion. Monter à cheval, organiser des cocktails, recevoir ses amis ne va hélas pas l’empêcher de tomber malade. Un grand professeur, Steele, lui détecte une tumeur au cerveau qu’il opère rapidement. Mais il apprend après l’intervention qu’en fait, les chances de survie de sa patiente sont nulles et qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre. Il cache la vérité à Judith sur son état, d’autant qu’entre temps il est tombé amoureux d’elle…
A Hollywood , il y a les mélos sirupeux et épouvantablement larmoyants qui truffent la production à chaque décennie et puis il y a quelques vrais mélodrames, tenus, puissants, réellement poignants qui sont des miracles d’émotion. Victoire sur la Nuit est incontestablement un de ceux là! Réalisé par un bon faiseur du studio Warner, Edmund Goulding, le film peut pourtant faire craindre le pire à la seule lecture du pitch: une mondaine apprend sa mort prochaine et doit apprendre à profiter du meilleur de la vie et d’accepter son sort. Les violons du score composés par Max Steiner ont beau habiter l’arrière fond sonore, le récit, impeccablement conduit, trouve une harmonie parfaite avec la mise en scène de Goulding (fluide et nette) et surtout nous mène vers une tragédie annoncée avec une merveilleuse efficacité. Jamais de charge lacrymale ne nous est imposée, d’ailleurs l’évolution de l’héroïne semble d’une justesse rare: tour à tour désespérée, inquiète, puis en colère contre tout et tous, finissant par se résigner à l’inéluctable grâce à l’amour qui lui enlève toute amertume. Il fallait pour rendre tous ses sentiments contraires une actrice capable de tout jouer et à cette époque, une seule s’est imposée!
Bette Davis bien entendu! Caractère tempétueux, irritable et irrésistiblement jolie aussi, et surtout apte à incarner cette Judith condamnée par un Mal incurable en ne sombrant pas une seconde dans l’écueil des larmes gratuites. De bout en bout, elle séduit la caméra, elle avance vers sa destinée, résolue, en paix avec elle même. Ses deux partenaires masculins, le raffiné George Brent en élégant médecin lui donne fièrement la réplique, Humphrey Bogart plus rude et plus « viril » en palefrenier, occupe un de ses derniers seconds rôles avant sa consécration. Si l’on ajoute à toutes ces qualités, un final des plus déchirants où notre héroïne entre dans sa nuit définitive en perdant peu à peu la vue, on a bel et bien affaire à un des plus grands mélo jamais tournés.
ANNEE DE PRODUCTION 1939.



