En 1973, en plein pendant le scandale du Watergate, deux familles américaines, dont les parents sont quelque peu névrosés, vont voir leur existence basculer…
Le cinéaste taïwanais Ang Lee a fait son entrée en cinéma avec l’excellent Garçon d’Honneur (Ours d’Or à Berlin) puis a acquis une renommée internationale avec Raisons et Sentiments, adaptation d’un roman de Jane Austen. Il enchaîne alors avec ce drame familial intimiste mettant en scène deux couples d’Américains de classe moyenne et leurs enfants respectifs. Ang Lee pose un regard sans concessions sur des êtres obnubilés par le sexe, pratiquant l’échangisme (pour les parents) et découvrant leurs premiers émois (pour les ados encore vierges). Chacun semblant vivre dans un égoïsme forcené, incapable d’empathie envers leurs proches, souffrant tous d’un mal être profond qu’ils n’ extériorisent pas. Et surtout Ice Storm montre avec acuité le fossé qui sépare les générations, les malentendus entre conjoints, les non dits de couples. Le chaos politique du contexte historique en 73 avec Nixon comme président accentue une impression de désordre généralisé (on est encore en pleine guerre du Vietnam). La déconnexion entre parents et enfants est actée et semble partie pour durer. La tempête de pluie glacée (qui donne son titre au film) se présente comme le symbole de ces relations glaciales avec en son terme un événement tragique que l’on ne dévoilera pas ici. Lee adapte le roman originel écrit par Rick Moods (qui était encore plus sombre) et en tire un scénario cérébral certes, mais d’une très belle facture. Il y gagna d’ailleurs le Prix du meilleur scénario à Cannes.
Ice Storm, mal aimé dans la filmographie d’Ang Lee, vaut aussi d’être redécouvert pour son casting exceptionnel. On y croise Joan Alien, Kevin Kline et une superbe Sigourney Weaver (dans un de ses rôles les plus intéressants) et chez les jeunes, Elijah Wood, Tobey Maguire (avant Spiderman) et Cristina Ricci troublante ado, juste après sa révélation de La Famille Addams. Par instants drôle, le film trimballe surtout une mélancolie persistante et a sûrement déconcerté une part du public qui l’a boudé à sa sortie. Une révision s’impose !
ANNEE DE PRODUCTION 1997



