Adaptation de trois des nouvelles de Maupassant. Dans « Le Masque », un vieillard parcourt les allées d’un bal affublé d’un masque de jeune homme. Dans « La Maison Tellier », les pensionnaires d’une maison close assistent à un communion. Dans « Le Modèle », une femme se défenestre après s’être disputée avec l’homme qu’elle aime.
Juste après La Ronde, merveilleuse variation sur les amours divers et variées de plusieurs couples, le réalisateur Max Ophuls souhaitait renouveler l’expérience du film à sketches et entreprit pour cela d’adapter trois nouvelles de Maupassant autour de la notion du plaisir. Il peut de nouveau mettre à profit son sens du cadre, son goût prononcé pour les mouvements d’appareils, son penchant pour les escaliers et le déplacement intempestif et continu de ses personnages. Sur la forme donc, Ophuls excelle avec une mise en scène splendide, une idée par plan, une esthétique soucieuse du moindre détail, un soin particulier apporté aux costumes, et un noir et blanc de toute beauté! Sur le fond, il démarre par un sketch plutôt sombre intitulé Le Masque (accentuant l’impression de futilité du plaisir) et termine par un troisième segment Le Modèle contant une romance qui commence idéalement et se finit tragiquement. Entre les deux, le plus long sketch de près d’une heure s’appelle La Maison Tellier et vaut plus que largement de s’y pencher. Pour son regard tendre et amusé sur un groupe de prostituées sorties de leur maison close le temps d’une communion à la campagne, leur voyage dans un train, leur émotion et leurs larmes au cours de la cérémonie à l’église, etc… Nostalgie de l’innocence perdue, méditation sur la vie et sur les désirs physiques qui guident trop souvent les élans du coeur. La voix du conteur, celle de Jean Servais, censé être celle de Maupassant nous guidant dans ce trio d’histoires, passe du rauque au ton plus mélancolique, signifiant les changements d’ambiance.
Et de nouveau un défilé de vedettes au rendez vous, dirigées avec précision! De Jean Gabin à Daniel Gélin, de Simone Simon à Danielle Darrieux, de Ginette Leclerc à Mila Parély, et bien d’autres encore, Le Plaisir se déguste littéralement avec les yeux amoureux de ceux qui idolâtrent les acteurs et actrices des décennies 40 et 50. Avec une grâce infinie, le maitre Ophuls nous régale de son très bon goût en matière d’images composées comme des tableaux de grands peintres, que l’on peut admirer encore et encore sans nullement s’en lasser. Aussi comment oublier l’affirmation finale rappelant que le plaisir fugace ou durable aboutit parfois au bonheur, mais que le bonheur, lui, est parfois triste?
ANNEE DE PRODUCTION 1951.



