1918. Blessé, le jeune docteur Giorgio Volli est rendu à la vie civile et part aussitôt retrouver le groupe d’enfants dont il s’occupait avant la guerre. Il arrive dans une région perdue aux habitants hostiles et ne trouve qu’un vieil orphelinat vide : les enfants ont disparu dans des conditions mystérieuses. Terrifié et anéanti par ce qu’il apprend, Giorgio fait alors la rencontre de Catherine, une étrange jeune fille dont il s’éprend et qui n’est pas étrangère à la mort des gamins…
On connaissait et souvent on adorait les clips vidéos de Mylène Farmer dans les années 80, sortes de petits films très bien photographiés et dirigés par son compère Laurent Boutonnat. Il décida alors de passer au format long (très long) et avec une ambition démesurée s’attela à la réalisation de ce premier film de cinéma, Giorgino. Il y injecte indéniablement sa marque de fabrique, son imagerie faite de brumes fantomatiques, de paysages désolés, d’étendues enneigées et de forêts inquiétantes et une ambiance nichée quelque part entre le gothique et le fantastique. Sous la forme d’une fresque monumentale à la David Lean, Giorgino accroche l’oeil par son esthétique soignée et ses images parfois fortes appelées à habiter nos esprits. Malheureusement, Boutonnat a oublié au passage de construire un vrai scénario prenant et consistant: on se moque bien vite de ce pauvre jeune docteur recherchant les enfants d’un orphelinat glauque et tombant amoureux d’une neurasthénique rousse quasi muette. L’intrigue se dilue nettement au bout de la première heure et a le malheur de s’étirer sur trois (!!): une durée exorbitante pour le peu que le film a à raconter en définitive. Ce qui fonctionne sur un clip ne peut en aucun cas s’appliquer sur un long métrage, même pavé de bonnes intentions. Pourtant, les idées ne manquent pas (la descente effroyable dans le sous sol d’un asile d’aliénés nous plonge en plein film d’horreur, les séquences nocturnes en extérieur possèdent une poésie réelle), seulement pour combler les faiblesses, ça ne suffit pas!
Giorgino souffre aussi également d’un casting à la fois audacieux et trop inégal! Gonflé d’avoir confié le rôle principal à un inconnu total, Jeff Dahlgren, un sous Johnny Depp bien lisse et au jeu monolithique et d’avoir vendu le projet sur le nom de Mylène Farmer, pour la première fois actrice dans un rôle forcément mystérieux de jeune femme/enfant pour lequel elle n’a pas vraiment besoin de prouver ses capacités de composition. D’autant que son temps de présence global se trouve plutôt réduit. En revanche, bonne pioche pour Louise Fletcher (l’infirmière de Vol au dessus d’un nid de coucou), Jean Pierre Aumont en père fou, Albert Dupontel en gardien d’asile infirme. Giorgino fut un four total à sa sortie, rejeté par tous, devenant un film maudit dont même Boutonnat ne parlera plus pendant longtemps. Cette opprobre exagérée peut se réparer en revoyant le film avec un regard neuf… et en tentant de supporter sa lenteur décourageante.
ANNEE DE PRODUCTION 1994.



