Le riche Archibaldo est un tueur en série potentiel. Cela pourrait être le résultat d’un incident d’enfance où sa gouvernante d’alors l’a surpris en train d’essayer les vêtements de sa mère et l’a grondé…avant d’être tué par « accident » sous les yeux du gamin, actionnant une boite à musique…
Trois ans après le fantastique El, Luis Bunuel poursuit l’exploration des psychés masculine dérangées avec ce thriller proche de l’esthétique des films noirs américains et qui cristallisent toutes les obsessions de son oeuvre. En soulignant la proximité entre acte sexuel et mort (dès l’entrée en matière avec la mort de l’institutrice qui s’effondre et laisse apparaitre ses porte jarretelles et ses talons hauts), Bunuel s’entend à créer un malaise persistant autour d’une figure de tueur (dont on ne sait jamais s’il commet ses actes criminels ou s’il les fantasme simplement) séducteur et dangereux, et explique ces déviances par son enfance tourmentée. Sans verser dans le freudisme facile. Dans cette bonne société de Mexico, l’homme cherche ses proies ou tombe sur elles par le fait du hasard et élaborent autour d’elles un désir de mort pathologique. Non dénué d’humour noir, le film intrigue plus qu’il n’effraie, également parce que Bunuel utilise des procédés chers au surréalisme et exploite un onirisme en lien direct avec l’imagination galopante de son héros. En prenant pour option l’éventualité que les meurtres ne sont que fantasmés, l’auteur suggère sans doute l’idée de l’impuissance sexuelle de La Cruz, comme s’il ne parvenait pas au bout de sa jouissance. Enfin, on retrouve dans certains détails comme le mannequin de cire perdant sa jambe une ébauche de Tristana amputée de la sienne quinze ans plus tard.
Ernesto Alonso, acteur mexicain, prête ses traits à cet homme perturbé par ses obsessions érotiques et meurtrières et y trouve l’un des trois rôles qu’il jouera pour Bunuel après Les Hauts de Hurlevent et Los Olvidados. Dans cette oeuvre où l’on ne sait jamais bien où commence la réalité et où s’achève le rêve, Bunuel brouilles les pistes avec délice, évitant toute banalité dans son traitement, passant de l’ironie mordante au macabre malicieux et ouvre une voie royale à des films de serial killer comme Le Voyeur, Frenzy ou L’Etrangleur de Boston. Quand on vous dit que décidément Bunuel avait tout compris et tout traité avant tout le monde!!
ANNEE DE PRODUCTION 1955.



