Une femme erre dans les rues de Los Angeles, hagarde, à la recherche d’un certain David. Emmené dans un hôpital psychiatrique, elle y révèle peu à peu son passé et les raisons de son obsession pour cet homme…
Dans la foulée de son Oscar pour Le Roman de Mildred Pierce, Joan Crawford se vit offrir une foule de scénarios autour de sa personne, toujours sous contrat chez Warner, dont La Possédée, mis en scène par Curtis Bernhardt, un réalisateur expressionniste, très porté sur les ambiances de film noir. Dès le prologue d’ailleurs, on se croirait nettement dans l’intrigue d’un polar avec son noir et blanc prononcé, ces visages dévorés par les ombres, les rues de Los Angeles filmées comme des lieux hostiles et inquiétants. Et comme des oeuvres type Laura ou Assurance sur la mort, le récit nous est raconté en flash backs, à coups de révélation successives et de rebondissements parfois exagérés. En fait, La Possédée se présente davantage comme un drame psychologique autour d’une figure féminine souffrant de schizophrénie, permettant justement au scénario de multiplier les fausses pistes, les faux semblants, de passer du réel au fantasme. L’atmosphère déliberément onirique ajoute une touche supplémentaire dans le désordre mental de l’héroïne et l’on suit sa dérive bon an mal an, malgré une réalisation par moments un brin excessive, démonstrative. Bernhardt réussit surtout à nous intriguer favorablement sur le déroulement des séquences, balançant de déceptions sentimentales à des désirs de vengeance ou des sentiments de jalousies extrêmes.
La reine du film c’est donc Joan Crawford, au top de sa forme, laissant affleurer une espèce de tension pathétique, comme le signe patent d’une conscience affolée, faisant tout le prix de son jeu. Au delà de son physique dur, elle parvient à exprimer des failles psychologiques ancrées dans ce rôle perturbé et perturbant. A ses côtés, son partenaire masculin, Van Heflin, parait fadasse et peu à l’aise dans le registre de l’amant négligeant et ne fait pas preuve d’une grande subtilité d’interprétation. Cela déséquilibre d’ailleurs un peu l’ensemble. Avec son thème de l’amour obsessionnel conduisant à la folie meurtrière, La Possédée n’atteint certes pas le statut tant envié de « classique »: il fait passer néanmoins un moment distrayant et Crawford apporte une indéniable saveur à ce film assez oublié.
ANNEE DE PRODUCTION 1947.



