Vers la fin des années 60, Alice, 18 ans, rentre dans les Landes passer les vacances d’été dans la ferme de ses parents. Alice s’ennuie entre une mère acariatre, un père volage. Un jeune ouvrier, Jim, est engagé pour la saison, réveillant les désirs d’Alice dont la sensualité débordante finit par lui faire honte…
Cinéaste à la marge du système, très intéressée par le thème de la sexualité tout au long de son oeuvre, Catherine Breillat a démarré en cinéma par cet opus resté longtemps invisible, après son tournage en 1975. Une vraie jeune fille, tiré du roman Le Soupirail, mis en scène sans aucune subvention et réalisé dans des conditions « sauvages », semble vouloir prendre la suite d’Emmanuelle, gros succès du cinéma érotique, dans lequel une femme tient la tête d’affiche, sauf qu’ici le corps de l’héroïne, Alice, possède une véritable incarnation, cherchant les premiers chemins la menant au plaisir et surtout à la découverte de soi. Sorte de journal intime, Breillat osculte l’adolescence avec une crudité rarement vue (les poils pubiens, la forte poitrine, les sécrétions multiples, le sang des règles et la culotte tâchée de sperme du père), décrit une gamine devenant peu à peu une femme dans une désespérante attente teintée d’ennui. Un ennui hélas contagieux et qui vient agripper le spectateur, voyeur de cette étude féminine impudique, dans son enchainement de séquences au rythme d’une lenteur décourageante, étirant le temps avec un malin plaisir. Breillat saura à l’avenir être plus concise dans ses récits, tout en conservant son attrait pour le sexe, avec parfois des fulgurances (Romance, Anatomie de l’enfer) et de nombreux ratés aussi. La post synchronisation du film eut lieu deux ans après les prises de vues, d’où un résultat tout à la fois décalé et ringard. Comme si l’on sentait que Breillat avait délibérement fait de l’underground pour « être dans le coup » et choquer son monde à l’époque.
N’oublions pas qu’avant cela, Les Valseuses avait déjà bousculé les esprits les plus rétrogrades et gêner le bourgeois moyen. Sauf qu’Une Vraie Jeune fille n’en a absolument ni la verve d’écriture, ni l’allant de la mise en scène de Blier! Doit on sauver de l’ensemble la prestation de Charlotte Alexandra, jeune fille à la candeur « brute » de décoffrage et ne poursuivra guère de carrière après ça? On remarque la présence incongrue de Shirley Stoler, l’actrice du cultissime Les Tueurs de la lune de Miel, dans un rôle hélas anecdotique d’épicière aux airs de maquerelle. Si Catherine Breillat a cherché à marcher sur les pas de Bataille, elle a loupé son coup! A peine y reconnait on son féminisme acharné et une part d’onirisme que l’on verra dans ses films futurs!
ANNEE DE PRODUCTION 1975.



