Eleanor Morgenstein est une vieille femme de 94 ans pleine d’esprit et pétulante. Après la perte bouleversante de son amie de toujours, Bessie, elle revient vivre chez sa fille à New York. Elle se met à raconter une histoire selon laquelle elle serait une rescapée d’Auschwitz. Et rencontre alors une jeune étudiante récemment orpheline de mère qui s’attache à elle et à son passé.
L’actrice Scarlett Johansson semble vouloir prendre une nouvelle direction dans son parcours artistique en passant derrière la caméra. Elle réalise là son tout premier long métrage placé sous le signe du drame doux amer. En confrontant deux générations et en filmant deux femmes, dont l’une est une senior certes encore pleine d’allant et l’autre une jeune étudiante curieuse de la vie et promise à un bel avenir. Ce qui les rapproche? Le deuil d’une amie très chère pour la première, d’une mère pour la seconde. Cette histoire d’amitié touchante, écrite avec justesse et tendresse, évoque beaucoup le traumatisme lié à l’Holocauste, au besoin de raconter, au devoir de mémoire. Comme pour ne surtout jamais oublier l’horreur absolue 80 ans après. Le récit se laisse suivre très agréablement et pour une réalisation de « débutante », Scarlett Johansson s’en sort honorablement. Mais ce qui pêche par contre, c’est une tendance systématique à accumuler les scènes larmoyantes surlignées par une musique omniprésente et qui est en fait inutile, vu la gravité du sujet en soi. Ce procédé narratif « très américain » enlève hélas de la subtilité au traitement.
L’actrice June Squibb, surtout connue pour ses nombreuses apparitions dans des séries TV, incarne avec suffisamment de coffre cette senior à la fois attachante, mythomane, sarcastique et terriblement humaine. Sa partenaire Erin Kellyman lui donne la réplique avec douceur et attention. On retrouve Chiwetel Ejiofor (12 years a slave) en présentateur TV et papa incapable d’extérioriser son chagrin. Eleanor the Great revient sur l’importance de la résilience, sur les liens familiaux sacrés et sur la magie des amitiés improbables. Bourré d’humanisme, le film ne se prive pas de nous émouvoir, quitte à verser trop facilement dans un pathos un peu regrettable.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



