L’illustre Professeur Higgins parie un soir avec son ami Pickering qu’il réussira à transformer une modeste vendeuse de fleurs en une grande dame. Eliza Doolittle est cette charmante fleuriste au langage châtié et un brin vulgaire. Higgins la « modèle », l’éduque et modifie son langage et ses manières. Et le miracle finit par se produire: Eliza devient une vraie femme du monde… mais quel est son sort au bout de ce pari?
Il était plus que prévisible de voir un jour naitre sur les écrans la pièce maitresse de Georges Bernard Shaw Pygmalion et le producteur Jack Warner mit le paquet niveau budget pour en signer une oeuvre à la fois majestueuse et fastueuse. Confiant la réalisation à George Cukor, associé pour les décors et les costumes de Cécil Beaton, My Fair Lady se trouve tout à fait au croisement entre le musical de Broadway et la grande comédie musicale américaine vivant ses derniers feux au mi temps de la décennie 60. Film charmant contant finalement une relation improbable entre une pauvre fleuriste sans éducation et un professeur érudit et aisé, My Fair Lady éblouit par le luxe de sa création artistique, ses défilés de haute couture (notamment dans la célèbre scène des courses de chevaux), tout en traitant de la mutation sociale d’une héroïne que l’on manipule pour en faire une dame de la Haute Société, sans la considérer autrement que comme une « petite chose sortie du ruisseau », une demoiselle pouilleuse à la diction impossible! Cukor connait extrêmement bien son métier, manie sa caméra avec acuité, élégance, alternant les séquences de dialogues et celles chantées (l’harmonie entre elles fait plaisir à voir et à écouter): il sort même de l’ornière théâtrale dans laquelle le récit d’origine était englué, il en fait un spectacle total, d’une merveilleuse fluidité narrative. Séparé par un entracte musical (presque à l’ancienne), My Fair Lady ne verse jamais dans le sentimentalisme niais, car il reste une histoire d’amour qui ne dit pas son nom… ou en tout cas le plus tardivement possible? quand Higgins s’aperçoit combien Eliza lui est devenu indispensable!
Cukor n’a pas son pareil non plus pour magnifier toutes les actrices qui sont passées devant son objectif (Garbo, Crawford, Monroe, Magnani, Bergman, Garland, etc…) et Audrey Hepburn ne déroge pas à la règle! Adorable comme toujours, la chrysalide se mue en papillon délicat, sublimée par les toilettes de Beaton, port de tête digne d’une reine: dire qu’elle illumine le film serait très en dessous de la réalité. Elle irradie du début à la fin! Rex Harrison, en comparaison, reste presque linéaire dans son jeu et son comportement d’homme suffisant, macho, vaniteux ne se fissure qu’à la toute fin. Outre la critique acide (mais discrète) de la noblesse anglaise et la peinture des classes sociales qui s’entrechoquent, My Fair Lady assume son gigantisme et son regard piquant sur la condition féminine. En bout de course, les huit Oscars majeurs furent raflés (sauf pour Audrey justement!).
ANNEE DE PRODUCTION 1964.



