Délaissée par Jacques, qu’elle aime profondément, Hélène décide de se venger en jetant dans ses bras Agnès, une danseuse de music hall au passé trouble, dont l’homme va s’éprendre sans connaitre bien sûr la vérité sur elle…
Aux dernières heures de la Libération, le cinéaste Robert Bresson adapte cet épisode d’un récit de Diderot Jacques le Fataliste racontant une vengeance de femme blessée dans son orgueil par un amour trahi. Associé aux dialogues (très écrits) par Jean Cocteau, Bresson retranspose l’intrigue à nos jours: ce qui crée un décalage avec notre époque où pareil stratagème mis en place en guise de vengeance peut paraitre « dérisoire ». Pourtant, le futur auteur de Pickpocket trouve un matériau adéquat pour établir déjà les fondements de son style à venir: à savoir un sens de l’ellipse, une utilisation particulière du noir et blanc, et surtout une épure dans la mise en scène, presque caressante, discrète, vaporeuse. Avec ce second long métrage, il montre son attrait pour un cinéma d’auteur exigeant, loin du spectaculaire, traite de la différence de classes avec subtilité, et surtout privilégie un aspect dépouillé, lui qui détestait tant les ornements. Les Dames du Bois de Boulogne se présente donc sous la forme d’une fable philosophique sur le combat entre le vice et la vertu, entre la raison et la passion, menée par une femme décidée à faire souffrir celui qu’elle a aimée (et aime encore bien sûr). L’amour et la haine se livrent ainsi un duel sans merci. Bresson et Cocteau avaient pour goût commun l’onirisme, refusant obstinément le réel et leur collaboration tombe finalement sous le sens.
Visage immuablement « fermé » telle une figure de cire « illisible », Maria Casarés interprète Hélène, cette intrigante qui ne doit rien laisser paraitre de ses intentions et Bresson lui a demandé d’en « faire le moins possible » dans son jeu: leur relation de travail fut excècrable, Bresson détestant les acteurs professionnels et se tournera d’ailleurs par la suite uniquement vers des inconnus pour ses oeuvres comme Mouchette, Jeanne D’arc ou Journal d’un curé de campagne. Paul Bernard, assez falot, est l’instrument masculin, le pantin qu’on manipule. Quant à Elina Labourdette, elle passe pour une incarnation de la grâce et de la pureté (alors qu’on connait son passé de fille légère), tranchant parfaitement avec la personnalité quasi funeste de Casarés.
ANNEE DE PRODUCTION 1945.



