Un soir de Juillet, Suzanne, accompagnée de ses deux jeunes enfants, rend une visite impromptue à sa soeur Jeanne. Celle ci est prise au dépourvu. Non seulement elles ne se sont pas vues depuis plusieurs mois, mais surtout Suzanne semble comme absente à elle même. Au petit matin, elle a disparu, laissant seulement une lettre à Jeanne dans laquelle elle lui « confie ses enfants »…
Tout jeune réalisateur de 26 ans, Nathan Ambrosioni, avait déjà deux films à son actif dont le sympathique mais modeste Toni en Famille. Avec ce troisième travail de cinéaste, il fait preuve d’une maturité tout à fait exceptionnelle dans sa mise en scène: d’une infinie délicatesse, poignante juste ce qu’il faut, contournant les pièges faciles du mélo familial, il nous serre les tripes avec un récit de drame social à la fois ténu et bouleversant. Il décrit tout ce qui s’ensuit après la disparition volontaire d’une maman (la colère des proches, le désarroi silencieux des enfants, l’incompréhension profonde), sans juger ni charger ses effets. Son scénario est un modèle de pudeur et de sensibilité, n’oubliant jamais de prendre en compte tous les points de vue, traquant la vérité dans les séquences où des « tiers » interviennent (le jeune inspecteur de police, la juge, la directrice d’école). Traitant aussi bien des liens familiaux distendus par les non dits et les années de silence, que d’absence ou de découragement, Les Enfants vont bien parle également des mères (celles qui craquent et prennent le large comme celles qui apprennent à le devenir « par substitution), ne délaissant jamais la psychologie des enfants forcément ébranlés par une nouvelle vie qu’on leur impose, touchés en plein coeur par le manque indicible de leur maman. Quelques séquences en apparence toutes simples font monter les larmes aux yeux (le diner au restaurant entre Jeanne et Nicole, le déménagement de l’appartement) dans un ensemble très harmonieusement écrit.
Les Enfants vont bien est aussi un grand film d’actrices: dans un temps de présence pourtant réduit, Juliette Armanet parvient à exister vraiment et nous hante tout au long du récit en devenant l’obsédante absente. Monia Chokri apporte de son côté une touche supplémentaire de tendresse en ex petite amie peintre. Et Camille Cottin retrouve Nathan Ambrosioni, après Toni en Famille, pour ce rôle puissant de femme solitaire confrontée à une situation impensable, s’ouvrant peu à peu au fil de l’histoire. Elle est formidable et devrait logiquement obtenir une nomination aux prochains Césars. Ce « petit » film miraculeux à ne pas manquer va vous faire chavirer.
ANNEE DE PRODUCTION 2025.



