Rokas et Inga, un couple de jeunes lituaniens, conduisent un van d’aide humanitaire depuis Vilnius jusqu’en Ukraine. Au fur et à mesure de leur périple, et au gré de rencontres, ils se retrouvent livrés à eux mêmes, traversant les contrées enneigées de la région du Donbass. En s’approchant de la ligne de front, ils appréhendent mieux la vie en temps de guerre…
Cinéaste lituanien « confidentiel » depuis ses premières oeuvres difficiles (Few of Us, Freedom) Sarunas Bartas souhaitait réaliser un film sur la crise ukrainienne, sur l’affrontement des séparatistes pro russes défendant leurs territoires et il écrivit le scénario de Frost avec la collaboration de Ann Cohen Yanay. Sous la forme d’un road movie en pleine zone de guerre, le couple Rokas/inga, deux simples volontaires conduisant des vivres sur Kiev, va découvrir peu à peu la réalité terrible des combats, les villages ravagés par les bombardements, le désarroi des soldats ne sachant même plus quel côté défendre (à l’instar de celui né d’une mère russe et d’ un père ukrainien). Bartas tente une approche la plus lucide possible sur la situation politique embourbée par des plans subtils, des images d’une beauté presque irréelle, dans un climat rigoureux. Son cinéma se veut volontairement contemplatif (peut être trop par moments, on frise l’ennui) et les longues minutes passées dans le fourgon auraient sans doute dû être réduites au montage. Bartas veut donner le sentiment de danger imminent, de destin qui sont amenés à se briser, et dans cet optique, la dernière demie heure est à la fois éprouvante et filmée de manière très brutale. Les passages consacrés aux conversations avec les interlocuteurs croisés (la journaliste française, les soldats à la frontière) résonnent comme des moments suspendus de répit, faussement tranquilles, où la parole sert d’exutoire à la peur.
L’austérité générale contamine aussi l’interprétation du jeune couple Mantas Janciauskas et Lyja Maknaviciute: leur jeu semblant régit par une volonté de « mystère complet », on ne sait pas grand chose de leurs motivations ni de leur passé, ils sont là, tangibles certes, mais impuissants devant le chaos ambiant. Curieuse participation de notre Vanessa Paradis nationale dans le rôle très bref de la journaliste française croisée en Pologne et qui disserte sur les tourments de l’amour: elle y apparait peu maquillée et très « vraie », livrant une courte prestation notable. L’ensemble trinque péniblement de sa trop longue durée (presque 2H) avant de nous toucher dans un bel élan final avec un long travelling vertical s’élevant dans les nuages, partant d’un corps inanimé au milieu d’une étendue de neige. Quelques instants de poésie volés à la réalité d’un monde d’une violence inouïe.
ANNEE DE PRODUCTION 2018.



