En Amérique du Sud, quatre aventuriers dont Mario et Jo, acceptent pour éteindre l’incendie d’un puits de pétrole de convoyer sur des routes ravagées, deux camions chargés de nitroglycérine, pouvant exploser au moindre choc… Les voila partis vers leurs destins…
Situé dans la filmographie d’Henri Georges Clouzot juste avant Les Diaboliques, Le Salaire de la Peur s’est presque instantanément classé parmi les oeuvres les plus marquantes du cinéma français. Par son récit âpre, son atmosphère étouffante, et surtout son haletant suspense, le film confirme Clouzot comme un réalisateur de poids, sachant traiter avec noirceur des sujets les plus terribles. Ces aventuriers prêts à risquer leur vie pour la gagner et s’offrir un passeport pour la liberté bravent un danger permanent, sans cesse sur le qui vive, menacés par la possible explosion de leur cargaison. Les belles images noires et blanches, le soleil écrasant des décors naturels de l’Amérique du Sud participent à installer une sourde angoisse au coeur de ce voyage probablement sans retour: ils se qualifient eux mêmes de « morts qui marchent ». Une marche vers le destin conduite par la mise en scène nerveuse de Clouzot, passant des fourgons de nitroglycérine aux gros plans de visages apeurés, rongés par la panique, évoluant dans une tension extrême. Après 45 minutes d’installation narrative, l’action tourne autour de cette mission suicidaire grâce à un scénario pointant le changement de caractères des deux amis lancés dans l’aventure: ainsi, Mario, au départ bon copain détendu et souriant devient un homme froid et déterminé, son comportement ne faisant que rabaisser le caractère craintif de Jo, finalement moins courageux qu’on le pensait au début.
En réunissant le couple Yves Montand/Charles Vanel, l’auteur du Corbeau leur offre des rôles en or sur un plateau d’argent, présentant cette amitié comme une force et un atout, avant de les plonger dans des situations où leur humanité en péril les dissocie inévitablement. La séquence de la mare de pétrole, digne d’un film d’horreur, frappe par son réalisme et sa violence frontale. Pessimiste et tragique, Le Salaire de la Peur n’a pas volé son statut de film culte ni sa Palme d’Or cannoise et son Ours d’or à Berlin et a même eu droit à un remake de très belle tenue par Friedkin, Sorcerer. Avec ce thriller existentiel, Clouzot a su admirablement traduire notre condition précaire à tous et nous faire ressentir de façon organique la peur de mourir à tout instant.
ANNEE DE PRODUCTION 1953.



