La jeune princesse autrichienne Marie Antoinette est forcée d’épouser le dauphin français afin de sceller une alliance entre ces deux empires décadents et ruinés. Elle cherche alors l’épanouissement en dehors de son mariage et trouve l’amour dans les bras du comte de Fersen. Lorsque Louis, son époux, monte sur le trône de France, elle devient de fait reine et doit mettre un terme à sa relation extraconjugale. Cependant, dans un pays au bord du chaos, les souverains ne pourront pas enrayer la Révolution déjà en marche, menaçant le pouvoir en place…
Peu de temps avant la guerre, le studio MGM mit en chantier cette reconstitution grandiose de la Cour de France avec moyens pharaoniques et un travail particulièrement soigné sur les costumes et décors. Marie Antoinette version 1938 n’est pourtant pas si différent de la vision qu’en donnera une certaine Sofia Coppola, près de soixante plus tard: l’évocation d’une jeune fille naïve « jetée » dans les tourments de l’Histoire et devenue reine sans l’avoir voulue, suit son destin en tentant de trouver sa voie, un sens à sa mission. Le metteur en scène de Tarzan l’homme singe, WS Van Dyke, est aux commandes de ce biopic fastueux divisé en deux parties distinctes (la première s’intéresse au premier pas de la Dame à la Cour, sa rivalité avec Madame du Barry et sa rencontre avec Fersen, la seconde démarre juste après l’affaire du Collier qui précipitera sa chute et la fureur du peuple). Malgré un louable désir de coller aux faits historiques et de les « vulgariser » pour le grand public (américain surtout), Van Dyke prend des libertés avec la réalité des événements, ne s’embarrasse pas avec les nuances (Louis XVI décrit comme un simple benêt, la populace en furie), et pour ceux qui seraient pointilleux, mieux vaut s’atteler à un manuel d’Histoire. Il faut cependant saluer la réussite du film quant à son ambiance très « claustrophobe », enserrant ses personnages dans des lieux fermés, par des cadrages subtilement agencés et annonçant déjà leur destinée bouchée.
Dans le rôle titre, une actrice surtout restée dans les mémoires pour avoir été l’épouse d’Irving Thalberg et réputée pour son jeu sympathique quoique un peu empesé: Norma Shearer. Elle campe l’Autrichienne avec conviction, passant de l’enthousiasme à la générosité, de la passion amoureuse pour son amant à ses devoirs de souveraine, mais elle sort surtout le grand jeu dans l’ultime partie où, prématurément vieillie par les épreuves et l’incarcération, elle accepte dignement son sort en se souvenant de sa splendeur passée. Une nomination à l’Oscar lui sera attribuée, sans statuette au bout. Les autres interprètes (Robert Morley se fond dans la peau du Roi, Tyrone Power plutôt fringant en Comte de Fersen) prennent aussi leur part. Cette superproduction ne manque pas de qualités et justifie qu’on y prête attention.
ANNEE DE PRODUCTION 1938.



