1985. Salomé Lerner vient d’écrire un livre sur sa vie. Dans le jeune pianiste Erik Berchot, elle croit reconnaitre son frère, pianiste lui aussi, disparu en 1943, avec leurs deux parents juifs déportés dans un camp de concentration. Salomé raconte cet épisode décisif de sa vie de jeune adulte et de la dénonciation dont ils ont été victimes…
Une fois encore après avoir expérimenté le processus dans Les Uns et les Autres et Edith et Marcel, Claude Lelouch renoue avec le mélange des époques, passant de la guerre et l’occupation allemande de 39/45 à nos jours pour tisser un nouveau récit croisé de destins chamboulés par la Grande Histoire. Partir Revenir nous parle aussi bien du passé que de réincarnation, de délation que de rédemption, autant de thèmes mêlés par Lelouch avec sans doute de bonnes intentions de départ pour un résultat à l’arrivée en demi teintes. La première demie heure fait craindre le pire avec ses tics de mise en scène (caméra portée, musique envahissante, style ampoulé), ensuite ça s’arrange un peu, notamment dès que le film reste situé dans la période de 1943 et traite d’une dénonciation faisant écho au célèbre film de Clouzot Le Corbeau et son atmosphère pesante. Deux couples d’amis avec enfants vivent cloitrés dans un château avant que la Gestapo ne vienne arrêter la famille juive suite à la lettre d’un délateur anonyme. La seule survivante de la déportation reviendra pour découvrir l’auteur de cet acte odieux. Comme il l’avait fait avec le Boléro de Ravel pour Les Uns et les Autres (de façon d’ailleurs ultra démonstrative), Lelouch utilise là le fameux Concerto n°2 de Rachmaninov pour accompagner ses images. Une musique noble, intense, soutient ainsi le propos avec heureusement plus de retenue et surtout en laissant de la place aux dialogues et à l’action. Le romanesque assumé fonctionne plutôt correctement dans cette quête désespérée d’une jeune femme pour se « guérir » de cette blessure impossible à cicatriser.
Une pléiade de grands noms occupe l’affiche tels Annie Girardot, Jean Louis Trintignant, Michel Piccoli et Françoise Fabian pour les plus fameux, tous au service de la direction d’acteurs de Lelouch. Parmi les plus jeunes, on retrouve Richard Anconina, Denis Lavant, Dominique Pinon, Marie Sophie L, et surtout Evelyne Bouix, pour la seconde fois devant la caméra de son metteur en scène après Edith et Marcel. Si l’on peut concéder au sujet de la réincarnation (que Lelouch traitera ensuite à de nombreuses reprises à toutes les sauces) une part importante de naïveté, on peut être enclin à davantage d’indulgence sur le reste du scénario pas désagréable à suivre. Du moins Partir Revenir ne s’englue pas dans les « chabadabada » rébarbatifs dans lesquels Lelouch se fourvoie très fréquemment.
ANNEE DE PRODUCTION 1985.



