Une longue journée de 1936 en Russie. Lorsque Dimitri arrive chez Maroussia, la jeune femme ne l’a pas revu depuis plus de dix ans. Entre temps, elle a épousé Serguei Kotov, un colonel réputé. Leur fille Nadia est née. Dimitri travaille maintenant pour la police politique de Staline. Mais pourquoi réapparait il soudain comme une boule de feu par cette éclatante journée d’été?
En plein milieu des années 30, Staline brille de sa toute puissance dans une Russie totalement sous son contrôle et le Soleil Trompeur du titre, ce pourrait être lui, car au delà de son éclat et de son charisme, on ignore encore toutes les horreurs que son régime va provoquer, couvrir, perpétrer. Nikita Mikhalkov se penche avec ce film sur les victimes oubliées et silencieuses de la Révolution et ose affronter les fantômes peu glorieux de son pays. Déroulant son récit sur un espace temps d’une seule journée, Soleil Trompeur évite les raccourcis pris trop facilement par les ellipses et préfère installer son implacable intrigue d’abord tout en douceur, puis aller vers une violence frontale extrême en fin de parcours. Le film démarre presque comme un roman de Tchekhov avec ce rassemblement familial, cette joie communicative entre les êtres, les sourires de façade, avant de laisser éclater le drame sous jacent. Le réalisateur du Barbier de Sibérie accomplit un très beau travail de mise en scène, décrivant un bonheur menacé par la cruauté du régime stalinien: la luminosité des extérieurs, ce soleil radieux, comme pour cacher la noirceur de ce qui va advenir. On a quasiment à faire à un suspense soutenu, alors que le genre du film se rapproche d’un drame humain, non pas d’un thriller. Il y a certes quelques petites longueurs dans le récit, Mikhalkov souhaitant nous familiariser avec ses protagonistes avant un final extrêmement difficile.
Derrière la caméra mais aussi devant, le cinéaste russe endosse le rôle de ce colonel communiste et fier de l’être, heureux en ménage et en tant que père de famille, ne pensant jamais que la répression du système va pouvoir l’atteindre. A ses côtés, Oleg Menchikov joue Mitia, intelligent et méthodique, déterminé à se venger et ne laisse rien paraitre pendant près d’1H45. L’acteur sera ensuite de nouveau dirigé par Mikhalkov dans Le Barbier de Sibérie et par Régis Wargnier dans Est Ouest. Faussement léger, attendrissant grâce au personnage de la petite fille, Nadia Mikhalkov (propre fille du réalisateur) trimballant une sérénité en total contraste avec le fond politique très sombre, Soleil Trompeur a marqué les esprits et a obtenu le Grand Prix du Jury à Cannes et l’Oscar du meilleur film étranger. Pas mal pour le cinéma russe que l’on disait au mieux agonisant, au pire enterré.
ANNEE DE PRODUCTION 1994.



