L’AGENT SECRET

1977. Dans un Brésil tourmenté par la dictature militaire en place, Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife, où il espère construire une nouvelle vie et récupérer son jeune fils, élevé par ses beaux parents. C’est sans compter sur les menaces de mort qui rôdent et planent au dessus de sa tête…

On avait démarré l’année cinéma 2025 avec un film coup de poing venu du Brésil Je suis toujours là revenant sur les années terribles de la dictature d’ Ernesto Geisel à travers le récit d’un journaliste mystérieusement enlevé et disparu des radars. On la termine avec un autre long métrage brésilien, le quatrième du cinéaste Kleber Mendoça Filho, véritable ovni cinématographique « non identifié » et totalement fou et doublement primé à Cannes en mai dernier. L’Agent Secret est une évocation très originale du Brésil des années 70 (donc de nouveau en prise à la dictature) et le récit passionnant d’une traque: celle d’un opposant au régime, menacé de mort, et tentant d’échapper à la fatalité par tous les moyens. En guise de menu sacrément riche, Mendoça Filho nous balade de ruptures de tons en séquences hallucinantes (l’ouverture avec la station service « encombrée » d’un cadavre à même le sol en train de pourrir donne tout de suite le vertige), de passage audacieux du thriller le plus sombre au burlesque quasi surréaliste (Bunuel ne désapprouverait pas!). Ce film d’espionnage réinvente le genre à lui tout seul avec une quantité d’idées étonnantes et une inventivité formelle enthousiasmante. Prenant largement son temps pour distiller sa narration (sur 2H40 tout de même), le réalisateur nous embarque dans un manège énergique, nous garde en suspens, tenus que nous sommes par une intrigue à tiroirs haletante.

Wagner Moura, de tous les plans, s’impose comme un sensationnel acteur, surtout connu dans son pays et que l’on a pu apercevoir dans quelques oeuvres américaines (Elysium, Civil War), se hissant là à un niveau d’interprétation très élevé, passant par des émotions multiples et il n’a clairement pas volé son prix cannois de meilleur interprète de l’année. Ses partenaires Maria Fernanda Candido, Gabriel Leone, ou Alice Carvalho ne déméritent pas face à lui. On retrouve avec une petite pointe au coeur le regretté Udo Kier, très récemment décédé, dans le petit rôle d’un ex soldat allemand horriblement mutilé. La violence du film atteint son paroxysme dans une longue séquence de traque, où le sang va couler à flots, mais avant cela, la corruption généralisée décrite fait froid dans le dos, rappelant tout ce qu’une dictature engendre et dans la scène finale, le clin d’oeil indirect à la récente politique de Bolsonaro ancre cette oeuvre dans notre monde d’aujourd’hui. Une merveilleuse proposition de cinéma par un auteur dont on attend désormais le prochain travail avec impatience.

ANNEE  DE PRODUCTION 2025.

REVIEW OVERVIEW

Réalisation
Scenario
Interprétation

CONCLUSION

D'un très haut niveau narratif, ce film brésilien ahurissant mêle l'espionnage, le burlesque, le policier. Deux prix cannois mérités, dont un pour Wagner Moura, acteur en état de grâce. Un grand film dense.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Latest articles

D'un très haut niveau narratif, ce film brésilien ahurissant mêle l'espionnage, le burlesque, le policier. Deux prix cannois mérités, dont un pour Wagner Moura, acteur en état de grâce. Un grand film dense. L'AGENT SECRET