Qui est Pierre Ruffin? Un bibliothécaire tranquille ou un truand chef de gang? Madeleine Marsand, professeur d’anglais, arrive dans la pension où Ruffin loge et une relation se tisse peu à peu entre eux…
Voici un des films les moins réputés de la carrière de Jean Gabin et sa troisième collaboration avec le réalisateur Georges Lacombe, après le mauvais Martin Roumagnac et l’intéressant La Nuit est mon royaume. Leur Dernière Nuit se niche au croisement de deux genres: le drame psychologique et le policier « classique » et fut quelque peu éclipsé par la sortie, peu de temps après, de Touchez pas au grisbi qui allait vraiment remettre Gabin dans la voie du succès. Lacombe dépeint ses personnages avec une minutie singulière, prenant son temps pour installer les enjeux de son scénario (d’ailleurs sans doute avec trop de précaution), cassant un peu la dynamique de son rythme. Tout parait au début bien « sage »: un bibliothécaire sympathique, une professeur d’anglais sans travail aux airs de bonne soeur, une pension accueillante, etc… Mais les apparences se fissurent au fur et à mesure… La mise en scène de Lacombe doit beaucoup à son influence sur le réalisme poétique de Carné/ Prévert des années 39/45 ( le noir et blanc, les plans nocturnes, l’atmosphère assez inquiétante): c’est du reste l’atout principal du métrage. Sous ses airs de polar urbain assez désuet, Leur dernière Nuit reprend le thème de l’homme fuyant son destin, aidé par une femme au lourd passé, et glisse mine de rien vers une histoire d’amour sans tambour ni violons. Il est juste dommage qu’au delà de la première heure, le film redevienne conventionnel et relativement « téléphoné ».
Si Gabin occupe l’essentiel des plans avec son aisance de toujours, sa partenaire Madeleine Robinson mérite aussi d’être applaudie pour sa prestation plus introvertie et réfléchie, gardant ses mystères et ses motivations pour elle. Son personnage peut être vu comme une simple femme amoureuse, mais la narration sous entend qu’elle n’a rien à perdre, ce qui explique en partie pourquoi elle brave sans hésiter la loi. Si l’on ajoute à ça, un final aussi sec que pessimiste, nul doute que Leur Dernière Nuit vaut la peine qu’on y jette un oeil attentif.
ANNEE DE PRODUCTION 1953.



