Mary, Ruth et Vivian, trois anciennes copines de collège, se retrouvent au début des années 30 tout à fait par hasard. L’une d’elles est devenue comédienne sans grand succès, l’autre dactylo, et la dernière (Vivian) s’est mariée avec un avocat richissime qui l’entretient; mais qui se plaint de ne pas être heureuse. Elle ne tarde pas à sombrer dans une vie de débauche que ses deux amies ne cautionnent pas…
Le Hollywood du début des années 30 et donc du parlant avait parfois l’audace de traiter de sujets peu « aimables » dans des oeuvres qui n’étaient pas encore soumises aux foudres de la Censure (en tout cas jusqu’au Code Hays érigé en 1934). Une Allumette pour trois est une sorte de comédie dramatique semi policière, un peu fourre tout, dans laquelle un acte apparemment anodin (trois copines allument une cigarette avec la même allumette) entraine un « mauvais » coup du sort et fait basculer la vie de l’une d’elles dans le malheur. Un pitch assez saugrenu prétexte à aborder les notions de Bien et du Mal à travers trois figures féminines ancrées dans leur époque. Si deux d’entre elles mènent une existence tranquille, peu gâtées économiquement , la troisième sombre dans l’alcoolisme, l’adultère et la perdition alors qu’au départ, elle vivait dans une situation « enviable » d’épouse entretenue. Le réalisateur Melvyn LeRoy se dépatouille comme il peut avec un script peu développé, des situations survolées (et pour cause, la durée ramassée d’une heure à peine explique ces raccourcis narratifs). L’intérêt réside dans l’observation faite autour du statut de la femme dans une Amérique encore frappée par la crise boursière de 1929. La bonne surprise cependant est que Leroy ne cède pas aux traditionnelles sirènes du « happy end » et clôt son film sur une note sordide et triste: un fait plutôt rarissime dans le cinéma américain d’alors.
Le trio de comédiennes, portant l’intrigue à bout de bras, se voit très inégalement « servi »: Joan Blondell, piquante blondinette sous contrat chez Warner, endosse le second rôle avec une certaine présence, tandis que Bette Davis (alors au début de sa carrière) écope du personnage le plus effacé et d’ailleurs le plus court en terme de présence (une déception pour ses fans). Par contre, paradoxalement la moins « star » des trois, Ann Dvorak, campe la copine brillante, épouse et mère de famille, voyant son destin s’écrouler à la suite de mauvais choix et mauvaises rencontres. Son jeu surprend par une modernité étonnante. Ajoutons au tableau une participation furtive d’Humphrey Bogart en gangster ravisseur d’enfant (il a encore des progrès à fournir avant d’atteindre le graal). Présenté dans la collection « Forbidden Hollywood », Une Allumette pour trois ne déclenche pas de grand incendie, mais on peut y jeter un oeil par curiosité.
ANNEE DE PRODUCTION 1932.



