Jonin, jeune prêtre missionnaire, travaille dans le quartier de Pigalle, où il espère sauver quelques âmes égarées. Se heurtant dans son action à Maurice, maitre de la prostitution locale, il est aidé par Josy, une prostituée indépendante. Celle ci s’éprend de Jonin qui la repousse. Pour se venger, elle fait entrer dans le milieu, Georgette, une jeune protégée du prêtre…
Dans le genre du drame sentimental assez moral, voire moraliste, Le Désert de Pigalle se pose en modèle. Réalisé par Léo Joannon, ancien juriste devenu caméraman puis cinéaste, le film affiche ses nobles intentions: dénoncer le métier de pute, ses travers, ses mauvaises rencontres, sauver les pauvres créatures qui la pratiquent et leurs « âmes perdues ». Montrer la dureté du milieu des proxénètes aussi, quitte à plonger la tête la première dans les clichés les plus éculés, au mépris de toute crédibilité scénaristique. On ressent la ferveur catholique de Joannon à travers le personnage de Jonin, curé ouvrier, bien décidé à éradiquer à lui tout seul toute la dépravation qui grouille à Pigalle. Certes… Mais petit souci: où est la mise en scène?? Le propos tourne autour des affaires louches entre femmes de mauvaise vie et souteneurs, puis dérive un peu maladroitement vers une histoire d’amour non réciproque entre le jeune prêtre et la prostituée au grand coeur solitaire et dévouée. Au niveau des dialogues, quelques répliques sonnent juste et bien, dans un ensemble narratif assez vite barbant. L’épaisseur psychologique de l’ensemble des protagonistes laisse à désirer, comme si Joannon n’avait voulu axer son film que sur le prosélytisme de son sujet.
Pierre Trabaud, acteur médiocre désormais oublié, n’est crédible ni en curé révolté ni en humaniste sincèrement touché par le sort de ces femmes et manque d’un véritable charisme: compliqué quand on est censés défendre un rôle principal! Alors, pour ne pas trop désespérer devant tant de mauvais « pions », il reste un petit miracle à chérir: Annie Girardot! Elle campe la pute désabusée, amoureuse, à la gouaille sans pareille, et qui révèle déjà une surprenante nature d’actrice. Pour elle et seulement pour elle, on peut traverser ce désert en souffrant un peu moins, en oubliant les faiblesses rédhibitoires d’un film qu’elle seule anime véritablement.
ANNEE DE PRODUCTION 1958.



