Un jeune homme très névrosé ne peut se résoudre à accepter la mort de sa bien aimée, Anna. Il déterre alors son corps et l’embaume, pour continuer à vivre avec elle et la contempler à loisir. Une étrange jeune femme, Iris, l’aide dans cette « entreprise » folle, jusqu’à ce qu’une touriste américaine les surprenne. Ils n’ont pas d’autre choix que de la tuer. Le début d’un engrenage meurtrier sans limites…
Un des maitres du cinéma Bis italien, Joe D’Amato, a quasiment tourné deux cent films entre cinéma d’exploitation, érotisme soft, porno trash et bien sûr épouvante et horreur. Opportuniste, D’Amato profite de cette fin de décennie 70 pour reprendre à son compte la mode du gore, du pourrissement, du sanglant et de l’effroi. Blue Holocaust se présente comme un poème d’amour nécrophile avec ce héros déterrant le corps de sa fiancée pour l’embaumer et la garder auprès de lui. Cette idée pour le moins bizarre et fascinante, dispensé de tout second degré et dénué d’humour, rend le film terrifiant et strictement « réaliste » (d’autant que la photographie de D’Amato lui même est d’une froideur clinique, ne cherchant jamais à séduire l’oeil). Il y a quelque chose du romantisme morbide dans cette évocation d’un amour fou, au delà de la mort, qui ne craint pas de filmer des images extrêmement crues de corps dépecés, de peaux déchiquetées. Une des séquences les plus perturbantes montre la découpe méthodique d’une victime dont on plonge ensuite les membres dans un bain d’acide sulfurique, rappelant fortement la scène la plus connue du Trio Infernal de Francis Girod. La musique du groupe des Goblins (ultra prisé depuis leur association avec Argento sur Les Frissons de l’Angoisse et Suspiria) offre un rock aux multiples synthés, un peu répétitif et obsédant. La « lenteur » inhabituelle du récit tranche aussi avec les bandes d’horreur essayant de créer du suspense: ici le récit assume son côté lancinant comme un poison qui nous serait injecté à doses progressives.
Le jeune nécrophile aux yeux bleus acier est interprété par Kieran Canter, un acteur turc dont ce sera à peu près le seul titre connu avant de sombrer dans des productions de plus en plus obscures. Quant à la « morte », elle est campée par Cinzia Monreale que l’on retrouvera aussi chez Lucio Fulci dans L’Au delà. Remplie de zones d’ombres, Blue Holocaust parle de perversions sexuelles et d’obsession pathologique sans tomber dans une psychologie primaire: D’Amato emprunte autant à Psychose d’Hitchcock (le cadavre embaumée de la mère) qu’à Mario Bava et au Masque du Démon (la soeur jumelle de la défunte qui réapparait soudainement). Autant de références très bien digérées pour en faire un des films les plus singuliers du Bis Italien.
ANNEE DE PRODUCTION 1979.



