Jan Bojarski, un jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Sans en informer ni sa femme, ni ses proches, qui le croient simple inventeur…
Cinq ans après La Daronne, le réalisateur Jean Paul Salomé revient sur le devant de la scène avec l’évocation de cette incroyable histoire vraie située dans la France de 1949 à 1964. Celle de Jan Bojarski, connu pour avoir été le plus célèbre faux monnayeur, le « Cézanne » de la monnaie contrefaite. Le récit, riche en rebondissements, est mené tambour battant et ne nous accorde pratiquement aucun temps mort, ce qui permet également de pallier à la réalisation de Salomé. Une mise en scène en effet très classique, manquant d’audace, et qui sert surtout à illustrer les faits relatés. Cette Affaire Bojarski nous accroche par sa belle reconstitution d’époque, le charme suranné de ses costumes d’autrefois, et par le « suspense » entretenu dans la traque du faussaire par un policier pugnace. L’autre sujet, plus sous terrain, réside dans la frustration évidente de ce personnage en manque de reconnaissance, habile de ses mains, sûrement rejeté du fait de ses origines polonaises dans une France d’après guerre peu encline à ouvrir les bras aux étrangers. L’académisme de Salomé se niche surtout dans le déroulé de sa narration, sans doute trop linéaire et ne réservant pas tellement de surprises. Le jeu du chat et de la souris entre Bojarski et Mattei alterne avec les séquences (nombreuses) dans la sphère familiale avec l’épouse et les enfants qui, longtemps, ignorent l’activité du chef de famille. Le divertissement est assuré grâce à une bonne distribution d’ensemble.
Bojarski se voit incarné par Reda Kateb, acteur sachant doser ses effets de jeu, ici souvent sur le fil entre un côté introverti et taiseux et une personnalité plus mystérieuse qu’il sait restituer. Sara Giraudeau campe l’épouse d’abord dans l’ignorance, puis complice malgré elle, changeant peu à peu son regard sur l’homme qu’elle aime. Quant à Bastien Bouillon, il endosse les habits de l’inspecteur de police opiniâtre, un rôle très proche de celui qui l’a révélé au grand public dans La Nuit du 12. Même si de manière globale, on peut juger le film sans grande « personnalité », cette Affaire Bojarski réussit à distraire très correctement deux heures durant et de remettre en lumière un personnage plutôt « hors normes », perfectionniste et qu’il ne faudrait pas juste réduire à son seul parcours judiciaire.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



