Russie, dans les années 1990, l’URSS s’effondre après la démission de Boris Eltsine en plein mandat. Un jeune homme à l’intelligence redoutable, Vadim Baranov, trace sa voie d’artiste avant de devenir le conseiller officieux d’un ancien agent du KGB, le futur « tsar », un certain Vladimir Poutine. Plongé au coeur du système, Baranov devient un rouage essentiel de la Nouvelle Russie, façonnant les discours, les perceptions, etc…
Surtout habitué d’un cinéma d’auteur exigeant tournant beaucoup autour des relations humaines et sentimentales, Olivier Assayas fait partie du paysage cinématographique depuis près de quarante ans et son premier long métrage Désordre. Hormis avec son biopic sur le célèbre terroriste Carlos, il n’a pratiquement jamais testé l’univers du genre policier. Ce Mage du Kremlin s’apparente justement un peu à un thriller, surtout par la nervosité constante de sa mise en scène, la précision des cadrages, le suspense entretenu par une caméra toujours en alerte et pourtant concentrée sur ses personnages. En réalité, il s’agit beaucoup plus d’une odyssée politique intense sur la Russie de 1990 à 2015. Autant d’années marquées par l’ascension fulgurante de Poutine, d’abord premier ministre sur qui personne ne pariait et qui construit peu à peu sa toile d’araignée pour devenir le dictateur que l’on sait. Assayas s’est adjoint les services de l’écrivain Emmanuel Carrère pour élaborer un scénario dense, qui cherche à traiter aussi bien les arcanes du pouvoir que les différentes questions géopolitiques. L’écriture est donc exigeante (très bon point!) et étend son champ d’action dans une profusion de dialogues parfois indigestes décrivant la complexité des enjeux. Globalement, le film réussit très bien à expliquer la stratégie du chaos organisé par Poutine, nous donne des clefs précieuses pour comprendre l’état de la Russie d’aujourd’hui, sans nous perdre inutilement dans le récit. Le roman de base signé Giuliano da Empoli (best seller) ne s’en voit pas trop trahi.
L’interprétation souffre par contre de quelques inégalités regrettables: on peut admettre que le rôle de Baranov, un être assez manipulateur et surtout observateur des événements, soit plutôt « linéaire »: il n’empêche que le jeu adopté par Paul Dano finit par lasser, demeurant monocorde et ne variant pas d’un iota pendant les 2H25 du film. Une mention spéciale pour Alicia Wikander, actrice jusque là peu employée hormis dans la franchise Jason Bourne, son registre apparait moins limité grâce à la direction d’Assayas. Quant à Jude Law, il ne fait pas que ressembler physiquement à Poutine, il enrichit son jeu de nuances dans le phrasé, et l’incarne de manière troublante. Un film très recommandable qu’il faut voir malgré quelques réserves.
ANNEE DE PRODUCTION 2026.



