Sam Spade et son associé Miles Archer sont deux détectives privés, engagés par la charmante Brigid O’Shaughnessy pour suivre Thrusby, un homme qui a fui avec sa soeur. Au cours de la filature, Miles est assassiné. La police suspecte Spade, alors que Thursby est tué à son tour. Spade soupçonne Brigid qui les avait dirigé sur l’affaire.
Le réalisateur John Huston entra en cinéma avec ce prototype parfait du film noir américain. Le Faucon Maltais, tiré d’un roman de Dashiell Hammett, se présente découpé en chapitres successifs, constitué de longues plages de dialogues, lorgnant par moments vers le théâtre et laissant son action (meurtres, vol, méfaits) hors champ. Huston enferme ses personnages dans des décors exigus tels que des bureaux ou des chambres d’hôtels minuscules, comme pour symboliquement montrer combien ils sont clôturés par leur destinée. La figure du privé (antihéros cynique et lucide) lutte contre un groupe de perfides aventuriers obsédés par la quête d’un oiseau fait de pierres précieuses (l’étoffe dont sont fait les rêves comme le souligne la réplique finale), combat aussi une femme « fatale » dont on se demande constamment quand elle ment ou quand elle est sincère et qui bien sûr fait aussi chavirer son coeur. En soi, l’intrigue du Faucon est alambiquée et tortueuse, Hammett (et par extension) Huston se régalent davantage à observer ces êtres cupides et corrompus jouer au chat et à la souris entre eux, et en ressort une étude précise sur les faux semblants. D’ailleurs l’objet tant convoité sert de « MacGuffin » (un prétexte pour centrer le spectateur sur un leurre), Huston marchant dans ce sens sur les plates bandes d’Hitchcock. Le joli noir et blanc rehausse encore un peu plus la qualité de l’ensemble, nimbant le film d’un voile mystérieux tout à fait caractéristique des polars de cette époque.
Humphrey Bogart incarne mieux que personne ce détective privé désespéré, traquant la vérité à chaque instant, pris dans une affaire qui le dépasse et dont il veut à tout prix dénouer les fils. Il semble blasé tout du long et pourtant il ne se décourage jamais. La galerie de « requins » l’entourant a été parfaitement choisie par Huston: Peter Lorre, ancien M. Le Maudit, campe un petit truand efféminé se parfumant au Gardénia (!!), Sydney Greenstreet joue le gros chef de gang perfide et enfin Mary Astor en mythomane pathologique incarne la femme par qui le malheur arrive. Son interprétation un peu « raide » est éloignée des autres types de femmes fatales de ces années 40, mais justement cette singularité sert le rôle. Huston aurait pu connaitre débuts plus difficiles!
ANNEE DE PRODUCTION 1941.



