Sur les injonctions de sa tante, l’orphelin Shinsosuke rencontre Oshizu, une jeune fille à marier. Mais le jeune homme tombe amoureux fou d’Oyu, la soeur d’Oshizu. Il ne peut l’épouser car elle est veuve et mère d’un petit garçon. Pour ne pas la perdre complètement, il accepte d’épouser Shizu qui n’est pas dupe et se refuse à lui…
Avant ses pièces maitresses que sont Contes de la lune vague après la pluie et Les Amants sacrifiés, le japonais Kenji Mizoguchi a débuté la décennie 50 avec ce beau mélodrame d’amour fou. Il y évoque la passion contrariée et même frustrée d’un jeune homme pour la soeur ainée de la femme qu’il doit épouser par conventions et traditions. D’entrée de jeu, Mizoguchi filme des personnages prisonniers de leurs conditions, de leurs désirs, subissant la rigueur morale qui leur est imposée. Le réalisateur a beau multiplier les plans de nature (idyllique) avec ses bords de rivières paisibles et ses arbres majestueux, le film décrit un asphyxiant dilemme amoureux, la cruauté du sentiment impossible, dans un triangle dont Miss Oyu reste le pivot central (expliquant ainsi le titre). Ce ménage à trois « contre nature » demeure tout du long extrêmement chaste: les époux ne consomment pas leur union, Shinsosuke garde son désir pour Oyu intact sans tenter de la toucher, et finalement ses êtres se sacrifient tous chacun à leur manière. Mizoguchi use de silences pesants pour signifier le poids terrible d’un amour qui ne peut exprimer toute sa profondeur. Appuyé par un noir et blanc parfait, le récit s’étire ainsi jusqu’à un joli final se déroulant dans les brumes vaporeuses d’une nuit de pleine lune.
L’actrice Kinuyo Tanaka apporte ce décalage physique par son âge plus avancé, avec son visage moins immédiatement attirant en contraste de la jeunesse de Nobuko Otowa, la jeune soeur timide, effacée, celle qui est prête à gâcher sa vie toute entière par loyauté envers son ainée. Quant au jeune homme, il est incarné par Yuji Hori, pris entre passion dévorante et mariage frustré, sans cesse dans la réserve. Comparé à ses oeuvres futures, Miss Oyu semble presque une esquisse des capacités formelles et narratives du cinéaste japonais. Des esquisses aussi soignées et raffinées, on en veut tous les jours!
ANNEE DE PRODUCTION 1951.



