Un jeune homme transporte partout avec lui un grand panier en osier. À l’intérieur, se trouve son frère siamois, Belial, un monstre au visage déformé. Ensemble, ils traquent les médecins qui les ont séparés pour obtenir justice…
Le New York craspec de Maniac avec ses quartiers lugubres, sa prostitution, ses rues mal famées, ses hôtels miteux trouve avec Frère de Sang un équivalent idéal dans le genre de l’horreur ambiante collant bien à son sujet. Tourné à l’arrache, sans le moindre budget, étalé sur plus d’un an, ce film quasi expérimental d’un certain Franck Henenlotter (admirateur de la série B et des productions bizarres réalisées hors de tout circuit commercial) raconte l’errance d’un jeune homme se trimballant avec un panier mystérieux dans lequel se trouve son frère siamois (du moins une sorte de tronc avec une tête abominable et deux bras), en quête de vengeance. Du côté du scénario, Frankenstein n’est pas très loin et la créature ressemble un peu à celle du Monstre est vivant de Larry Cohen. Fortement influencé par les anciens effets spéciaux de Ray Harryhausen, Henenlotter fait dans l’artisanat , d’où un résultat plutôt risible, d’autant qu’il préfère souvent montrer le monstre au lieu d’avoir recours à la suggestion. Frère de Sang navigue entre comédie foutraque et horreur gore (pas mal d’hémoglobine pour le coup) et serait à ranger dans la catégorie de la série Z. Mais reconnaissons lui une certaine poésie sur le thème des deux frères unis à la vie à la mort, et sur la dualité intéressante entre victime et bourreau (le siamois tue pour faire payer aux docteurs leur erreur médicale). En outre, l’humour ravageur résonne comme un joli pied de nez aux productions formatées et l’aspect underground appelle à l’indulgence.
Par contre, Henenlotter n’a engagé aucun acteur professionnel et fait jouer des potes ou des mecs de passage, ce qui signifie que les rôles sont tenus de manière approximative et parfois surjoué. Dans cette peinture sordide et aux relants malsains, la Big Apple fait quasiment figure de personnage à part entière, la ville dans tous ses états dans laquelle les deux frangins sèment la terreur auprès d’une populace assez vulgaire et dégueu. Frère de Sang a rapidement gagné un statut culte et permit à Henenlotter d’enchainer avec deux suites dans la même veine. Mais la redondance n’a jamais rien de bien folichon.
ANNEE DE PRODUCTION 1982.



