Alex, comptable, et Béatrice, chauffeuse de taxi, forment un couple sans histoires. Mais un soir, Alex se mêle du travail de policiers en train de faire un simple contrôle d’identité. L’engrenage implacable se met alors en place: il est d’abord arrêté, puis interné en hôpital psychiatrique. Au bout de quelques semaines, il est mis au chômage par son employeur. Mais les fous ne sont peut être pas ceux que l’on croit…
Le cinéma français se risque assez peu sur le terrain de l’absurde, surtout en voulant le traiter sous la forme d’un drame (même si une tonalité comique n’est jamais absente). C’est le cas atypique de Très Bien merci, un long métrage de la réalisatrice Emmanuelle Cuau qui lorgne du côté de Kafka et son univers totalement cauchemardesque. Soit un personnage masculin central en rébellion contre un système répressif qui l’énerve (les contrôleurs RATP, la police dans la rue) et qui va se trouver dans un engrenage, impuissant devant les décisions que l’on prend à son encontre (arrestation arbitraire selon lui, hospitalisation pour une dépression qu’il n’a pas l’impression de traverser). Le film fonctionne par strates, empilant les situations ubuesques pour bien nous prévenir que nous rentrons dans un monde de dingues où personne n’écoute plus personne. Cuau décrit tout simplement une société malade, repliée sur elle même, dans laquelle l’individu se débat pour exister et trouver sa place (et la garder ensuite). Par instants, le script nous perd un peu, déviant vers une histoire de couple qui n’apporte pas grand chose sur le fond, car l’essentiel se situe bien dans cette incommunicabilité générale qui grignote les relations humaines. Non sans ironie et distance, la réalisatrice navigue entre gravité et légèreté pendant 1H40!
Porté par deux excellents comédiens au top de leur forme, Gilbert Melki et Sandrine Kiberlain, le film se suit avec plaisir, même si l’on est décontenancé par la tournure des scènes et l’enchainement d’un illogisme qui veut à tout prix rester en place. Melki, surtout, pris dans les filets d’un invisible canevas limite surréaliste. Plus grinçant que réellement drôle, Très Bien merci est l’oeuvre d’une cinéaste tournant très peu, mais qui possède à n’en pas douter un point de vue original sur notre monde, sa cocasserie et surtout ses angoisses pesantes.
ANNEE DE PRODUCTION 2007.



